Comment les salles de proximité résistent et séduisent le public ?

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Cinéma : comment les salles de proximité résistent et séduisent encore le public ?

Le Dossier du Jour sur ici Nord s’est glissé dans les coulisses des salles de cinéma. Avec Laurent Coët, directeur et programmateur dans la région, l’émission a exploré la programmation des films, le rôle des cinémas de proximité et l’attachement du public à l’expérience en salle.

Clarence Fabri a reçu Laurent Coët, directeur et programmateur de plusieurs salles dans la région, dont le Régency à Saint-Pol-sur-Ternoise. Ensemble, ils ont levé le voile sur le fonctionnement d’un cinéma, le choix des films, la fixation des horaires et les enjeux économiques. Les auditeurs ont partagé leurs habitudes, leurs coups de cœur et leur attachement aux salles de proximité.

Le cinéma, un pilier culturel toujours vivant
Annoncé fragile après la crise sanitaire, le cinéma se porte mieux. Laurent Coët le constate sur le terrain : la fréquentation repart, portée par un lien affectif fort entre les Français et les salles obscures. Le cinéma fait partie de l’ADN culturel, avec des souvenirs marquants dès l’enfance. Cette singularité française se traduit par un réseau unique, notamment grâce aux nombreuses salles mono-écran réparties sur tout le territoire.

Programmer un cinéma, un métier de funambule
Derrière l’écran, le travail du programmateur repose sur un équilibre délicat. Choisir les films, fixer les horaires, gérer l’accueil du public, la communication et les ressources humaines : le directeur de cinéma est un véritable chef d’orchestre. Chaque semaine est différente, en fonction de la durée des films et des attentes du public. Un blockbuster de trois heures n’occupe pas une salle comme un film familial plus court.

Entre passion, économie et prise de risques
Programmer un cinéma, c’est aussi faire des choix. Chaque semaine, une quinzaine de films sortent en France. Impossible de tous les projeter, surtout avec une seule salle. Le programmateur doit répondre à la demande du public, assurer l’équilibre économique et défendre des œuvres plus confidentielles. Certains films démarrent doucement mais trouvent leur public grâce au bouche-à-oreille, un indicateur clé dans la durée d’exploitation.

Le prix du billet et la réalité économique
Le coût du cinéma revient souvent dans les discussions. Laurent Coët rappelle que les salles reversent environ 50 % des recettes aux distributeurs. À cela s’ajoutent les charges liées à l’énergie et au fonctionnement des équipements. Pourtant, le prix moyen réel d’une place en France s’établit autour de 7,40 €, grâce aux abonnements, tarifs réduits et offres spécifiques. Une réalité parfois éloignée de la perception du public.

Les cinémas de proximité, lieux de lien social
Face aux grands complexes, les salles de proximité jouent un rôle essentiel. Elles favorisent la mixité sociale, l’échange et le débat autour des films. Les témoignages d’auditeurs l’ont illustré : certains y vont en famille, d’autres seuls, pour se détendre, voyager ou se cultiver. Ces cinémas incarnent un espace de confiance, souvent associé aux premiers souvenirs, aux premières émotions et à une expérience collective irremplaçable.

« En Bref » Janvier – Février 2026

Hafsia Herzi, Prix Alice Guy 2026

                Les six membres du jury du Prix Alice Guy 2026 se sont réunis ce mardi 24 février 2026 dans les locaux de la Scam, et ils ont décerné le neuvième Prix Alice Guy à…  La petite dernière d’Hafsia Herzi                 « C’est mon amie Aline Rolland, qui dirigeait le cinéma Le Caméo à Nancy, qui m’a fait connaître Alice Guy. Elle m’a offert la BD dédicacée de Catel & Bocquet que j’ai lue avec intérêt, se souvient avec bonheur Hafsia Herzi. J’ai ensuite découvert le Prix Alice Guy que je trouve très beau par l’hommage qu’il rend à cette grande pionnière. C’est important de mettre en lumière et dans un même mouvement, les réalisatrices d’aujourd’hui et Alice Guy, tant il reste compliqué de financer notre cinéma et, comme elle, de se faire respecter », conclut la cinéaste Hafsia Herzi, en se disant enchantée de cette récompense. 
La Petite Dernière est son troisième long métrage. Il était en compétition officielle au Festival de Cannes 2025 d’où il est reparti récompensé du Prix d’interprétation féminine remis à son actrice principale Nadia Melliti et de la Queer Palm. Il a reçu depuis le Prix Louis Delluc et est nommé dans sept catégories aux César 2026.                                                                                                                                             ©Mathilde Marc­
Le jury Prix Alice Guy 2026 était composé de : 
Thierry Klifa, réalisateurNathalie Azoulai, autriceLouis Derungs, acteurDamien Megherbi, producteurLaetitia Dosch, actriceLina Soualem, réalisatrice, Prix Alice Guy 2025 (absente de la photo). 
Et après ? Le Prix Alice Guy 2026 sera officiellement remis à la réalisatrice et à son équipe lors d’une cérémonie organisée au Max Linder Panorama, à Paris. 
La petite dernière y sera projeté au terme d’une soirée qui commencera par honorer le travail d’Alice Guy, la première femme cinéaste au monde.
Et comme chaque année, la soirée, à laquelle participeront la lauréate, son équipe et le jury, est ouverte à tou.te.s.
Les prochains rendez-vous Alice Guy
A Chicago, le 5 mars 2026­
L’Alliance Française de Chicago invite Véronique Le Bris à présenter sa biographie Alice Guy, la plus audacieuse des pionniers du cinéma, dans le cadre du Festival de la Francophonie 2026. A l’Alliance Française de Chicago,6:30 pm. ­En savoir plus
A Brétigny s/ Orge, le 8 mars 2026­
Pour la journée internationale dédiée aux droits des femmes, Ciné 220 organise une séance autour du documentaire américain Be natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché de Pamela B. Green. La projection sera suivie d’un débat. 
Au Ciné 220, à 18h45­
A Bobigny, le 11 mars 2026­
Situé en plein centre-ville, au pied de la ligne 5 du métro, le tout nouveau cinéma Alice Guy ouvre au tarif très attractif de 4€ la séance. 
Six salles – 865 fauteuils – accueillent une programmation culturelle large qui ira de la danse aux rencontres.©Herault Arnod Architectures­En savoir plus

« quand le théâtre raconte le cinéma »

La Comédie de Saint-Étienne propose ce spectacle de théâtre qui retrace la naissance du cinéma, de ses premières inventions à ses grandes figures. D’Alice Guy à Georges Méliès, le public découvre ainsi les origines du 7e art.

Une scénographie inventive au service du théâtre et du cinéma

La scénographie repose sur un dispositif modulable et visuel. Le plateau se transforme en atelier de fabrication d’images. Toiles peintes, accessoires lumineux et jeux d’ombres composent un univers évocateur.
Les interprètes manipulent les éléments à vue. Le public observe les procédés du cinéma ancien. Ombres chinoises, illusions et reconstitutions de films apparaissent sous ses yeux. Le piano accompagne cette traversée artistique.

Quand une petite ville est portée par la conviction que le cinéma est bien plus qu’un simple espace de diffusion de films.

Les murs du cinéma Le Majestic, à Montmorillon, viennent à peine d’être parés de leur nouvelle façade que les passants s’arrêtent pour regarder. Longtemps dissimulé derrière une entrée étroite et des couloirs sombres, l’établissement avait du mal à se faire connaître.
Jean-Baptiste Rocher, médiateur culturel, raconte combien cette configuration particulière isolait la salle : « Je pense qu’on était le seul cinéma de France dans cette configuration. Vous aviez deux commerces de chaque côté et nous, on était dans une allée sombre au milieu. Et beaucoup de gens ne soupçonnaient pas qu’il y avait un cinéma. » Ce constat, partagé par l’équipe associative, a motivé un projet de rénovation global : toiture refaite, façade retravaillée, création d’un hall d’accueil lumineux.

L’objectif ? Donner au Majestic une présence plus forte dans le tissu urbain pour attirer un public plus large et renouvelé.

L’avenir des salles de cinéma en France

C’est toujours avec intérêt qu’à Territoires et Cinéma nous écoutons ces podcasts. Celui du 14 février dernier nous interpelle un peu plus que les autres. A vous de l’écouter !

Je rappelle que l’an passé elle a fêté ces cent-trente ans d’existence, depuis sa création par les frères Lumière en 1895. Pour aboutir aujourd’hui en France à un magnifique réseau de 2 052 cinémas, soit 6 354 salles de cinéma au total, soit plus d’un million de sièges ! Et parce qu’il est unique au monde, parce qu’il permet que les films soient visibles sur une immense partie du territoire national, il faut évidemment préserver ce réseau de salles de cinéma. Comme ce fut le cas au moment du COVID où grâce à l’action du CNC pas une seule n’a dû définitivement fermer ses portes. Ce qui ne fut pas le cas dans de nombreux autres pays, au premier rang desquels les Etats-Unis. Pour de nombreuses villes françaises, le cinéma reste le dernier lieu culturel et joue donc un rôle social de première importance, y compris comme un relais de la vie associative notamment. C’est pourquoi, je veux ce matin vous parler des menaces très concrètes et très inquiétantes qui pèsent sur LE BALZAC un cinéma associatif et classé Art et Essai, situé à Château-Renault, une commune de 5 000 habitants, en Indre et Loire dans la région Centre-Val de Loire. Le Balzac, ce sont deux salariés, une cinquantaine de bénévoles, six-cent adhérents, 24 000 entrées par an et 1 600 enfants qui bénéficient ainsi d’une Education à l’image en lien avec les écoles, les collèges et les lycées. Bref, un trésor national.