visuel_page

Territoires et Cinéma

territoireetcinema
D1epuis de nombreuses années, les collectivités ont montré leur intérêt pour l’activité cinématographique. Depuis les premiers élus qui ouvrirent des salles municipales au moment où de nombreux cinémas fermaient, les formes d’interventions se sont diversifiées ; les régions et les départements ont pris leur place auprès des communes. Villes et cinémas a été créé en 1989 pour favoriser le dialogue entre les élus municipaux et les professionnels de l’exploitation. C’est ce dialogue qu’il faut poursuivre aujourd’hui avec toutes les collectivités qui soutiennent la vie cinématographique et l’ensemble de la profession.

L’histoire du cinéma n’est pas un long fleuve tranquille.

Le cinéma est entré dans une période de forte concentration dont les multiplexes sont l’aspect le plus visible. Ce mouvement concerne l’ensemble du domaine de la communication où naissent des géants comme Time-Warner ou Vivendi Universal présents dans le cinéma, la musique, la presse, l’édition, la télévision. Le film devient un produit dont la rentabilité est assurée par l’exploitation mais aussi de plus en plus par les ventes en vidéo ou à la télévision et celles des produits dérivés. Les stratégies commerciales sont bien connues : campagne médiatique, sortie massive dans des centaines de salles, exploitation la plus rapide possible des cassettes et des DVD.

Les multiplexes ont entraîné une augmentation globale de la fréquentation mais il est indéniable que les entrées de ces complexes se sont faites aussi en partie par captation de spectateurs. Nous ne sommes qu’au début des restructurations. Le suréquipement de certaines zones inquiète sur les conditions de la concurrence.

Les évolutions sont rapides. Le développement des télévisions numériques hertziennes et terrestres, le Cyber Cinéma comme les projets de diffusion et d’exploitation numérique des salles portent en germe de profondes modifications. La législation européenne repose les problèmes de concurrence et pourrait remettre en cause le système de financement public. Les lois élargissent le champ d’intervention des collectivités mais la justice se prononce sur l’opportunité de certaines décisions.

Devant, cette situation, les collectivités sont conduites à intervenir sous des formes multiples.

LES FORMES D’INTERVENTION DES ÉLUS

Les premières ont été des soutiens aux salles soit par le rachat d’équipements que l’exploitation privée ne pouvait maintenir, soit par des conventions avec des exploitants privés, sous forme d’achats de place pour les scolaires et les personnes âgées ou par des aides à la modernisation. Collège au cinéma puis Lycée au cinéma et Ecole au cinéma n’ont pu fonctionner que grâce aux subventions des collectivités qui parfois avaient anticipé ces dispositifs d’Etat.

D’autres collectivités ont facilité la diffusion de films, notamment pour enfants. D’autres encore, notamment les régions, se sont investies dans la production et l’accueil de tournages. Ces politiques rencontrent celles de l’Etat, la signature de conventions avec le CNC concrétise une volonté commune. Les collectivités, dans la liberté de leur choix, doivent parvenir à une cohérence de leurs interventions, entre elles et avec l’Etat, dont le rôle est tout à fait indispensable.

LES ENJEUX DE L’INTERVENTION DES ÉLUS

Les premiers élus à intervenir étaient des passionnés du cinéma qui ne se résignaient pas à voir les salles fermer les unes après les autres. Puis d’autres enjeux apparurent en terme d’aménagement du territoire et de développement économique.

Depuis les années 60, l’urbanisme s’est adapté à de nouvelles aspirations et à de nouvelles contraintes; les commerces ont été regroupés dans des zones souvent périphériques. On en connaît aujourd’hui certains « dommages collatéraux »: le déclin de centres-villes, la désertification de quartiers, notamment en banlieue, et de zones rurales. Beaucoup d’élus ? et d’habitants ? veulent aujourd’hui un développement plus harmonieux. La salle de cinéma peut y contribuer. Un cinéma est un lieu de convivialité, d’animation et de rencontre dans les banlieues ou les zones rurales. Les opérations Un été au cinéma l’ont bien montré. La lumière du cinéma n’éclaire pas que l’écran, elle anime aussi la ville. De nouveaux métiers peuvent aussi naître autour de l’animation des salles.

Selon le mot attribué à André Malraux, le cinéma est un art et une industrie. Son impact est aussi économique. C’est ce qui incite des régions et des départements, voire quelques villes à apporter leur soutien à la production. Cette aide prend diverses formes : financement ou constitution d’associations ou de sociétés prenant des parts dans les sociétés de production. Des mesures spécifiques sont également prises pour faciliter l’accueil des tournages remboursement de frais engagés, accueil des professionnels etc.

L’aide à la production, outre l’impact qu’elle peut avoir sur l’image d’une région, contribue à l’implantation, la sauvegarde ou au développement des industries liées à l’image.

Parfois les impératifs économiques vont à l’encontre des objectifs culturels. Villes et cinémas s’était prononcé, non contre les multiplexes, mais pour le maintien d’un cinéma indépendant. La défense de I »‘exception culturelle » n’est pas un réflexe de repli sur soi. La diversité est une richesse dans le domaine artistique comme dans bien d’autres. La vitalité et la pluralité nécessaires nous permettent non seulement de maintenir un cinéma national de qualité mais aussi de connaître les cinématographies étrangères. Le succès récent de films français montrent que c’est aussi une aspiration de nombreux spectateurs. A coté de la production industrielle, il y a place pour un cinéma de création, d’expression des pluralités et des différences. Mais cela n’est possible qu’avec la volonté de préserver un réseau vivant et diversifié, tant dans la production que dans la distribution et l’exploitation.

L’apport d’autres regards, d’autres préoccupations ne peuvent qu’enrichir. Dans un monde où le spectacle est une référence centrale, il n’est pas inutile d’apprendre, notamment aux jeunes, à lire une image, à décrypter la complexité du rapport entre l’image, le son, le mouvement. La formation du spectateur est bien un enjeu de citoyenneté.

LES DÉFIS D’AUJOURD’HUI

Territoires et Cinéma tient à affirmer son attachement :

à la diversité du cinéma et au maintien d’un cinéma indépendant garant de cette diversité, de la production à l’exploitation à la salle de cinéma comme lieu irremplaçable de rencontre au principe de l’exception culturelle qui permet de ne, pas traiter le cinéma comme une simple marchandise mais comme l’expression de cultures à la réglementation qui protège le cinéma et au système de financement par la redistribution sous formes d’aides automatiques et sélectives d’une part des revenus de l’exploitation ; au principe de libre administration des collectivités et à la possibilité pour elles de développer des politiques de soutien au cinéma :production, diffusion, exploitation

Territoires et Cinéma se donne pour objectifs :

  • de favoriser le dialogue entre les élus et les professionnels du cinéma afin d’aboutir notamment a une meilleure cohérence des aides
  • de favoriser l’information des élus par l’organisation de colloques ou des rencontres plus personnalisées
  • d’être un partenaire du C.N.C., des associations d’élus, des organisations professionnelles du cinéma, des associations culturelles…

Dès aujourd’hui, des thèmes de réflexion apparaissent comme prioritaires :

  • la complémentarité des interventions des collectivités entre elles et avec l’État;
  • le rôde des collectivités dans la « formation à l’image » du jeune public, notamment à travers leurs compétences dans le domaine de l’éducation;
  • les conséquences de l’arrivée du numérique dans le cinéma;
  • la place du cinéma dans le développement économique, la politique de la ville, l’animation des zones rurales…
  • la prise en compte et le soutien à apporter aux projets des réseaux de salles, tant régionaux que départementaux.

Les collectivités territoriales et le cinéma