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CREER L’ADDICTION

LA LOI DES SERIES : CREER L’ADDICTION
par Régis Ecosse
auteur de textes pour le doublage.

Régis Ecosse a notamment travaillé sur le doublage de films tels que « 4mois, 3 semaines et 2 jours » de Cristian Mungiu (palme d’or 2007) ou « La Ronde de Nuit » de Peter Greenaway. Mais aussi pour des séries comme  « True Detective » ou « The Newsroom ». 

Les séries télé sont entrées dans nos vies de façon massive. En 2019, rien qu’aux Etats-Unis, on en a produit plus de 500 et on estime que le pic n’est pas encore atteint. Un sondage, toujours de 2019, estime que 75% des Français les regardent régulièrement. A l’heure du tout numérique, le tout divertissement s’impose. Un autre sondage, réalisé dans 37 pays pour une grosse agence de communication, Havas, indique que 83% des sondés considèrent le divertissement comme un besoin vital, contre 54% qui disent prêter attention aux questions de santé (sondage avant COVID).

Lexique : par « divertissement », il faut entendre ici la traduction du terme américain « entertainment » qui désigne le cinéma, la télévision (et les plateformes de VOD), les parcs d’attraction, les sports télévisés et les jeux vidéo.

En France, sauf pour le sport à la télé et les parcs d’attraction, mais même pour les jeux vidéos, le terme est « industries culturelles » qui regroupent en plus les arts plastiques, la musique, le spectacle vivant et la littérature.

Mais si l’on se concentre sur les séries télé, dont la production est largement dominée par les Etats-Unis aussi bien en nombre qu’en influence, que signifie encore le mot « culture » ? Quelle place est accordée dans cette industrie du divertissement de masse à l’expression d’une identité dans laquelle chacun peut se retrouver et se construire à travers l’accès à des connaissances partagées et la mise en œuvres de concepts et de valeurs qui forgent une société ?

C’est la question à laquelle nous allons tenter humblement de répondre.

Auteur de textes pour le doublage depuis plus de 20 ans, c’est mon métier qui m’amène à traiter ce sujet.

Précision : je vais consacrer la suite de ma réflexion aux séries américaines. Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs de produits culturels et à ce titre, ils imposent leur vision au reste du monde.

LE DOUBLAGE, CONTEXTE HISTORIQUE

1895, les frères Lumière inventent le cinématographe. Qu’inventent-ils exactement ? La projection des images animées sur un écran devant un large public.

Avant eux, Thomas Edison commercialisait déjà un dispositif où les films se visionnaient individuellement, à travers une fente, le kinétoscope. Nous reviendrons sur cette opposition collectif/individuel.

Dès 1896, Alice Guy écrit et tourne le premier film de fiction de l’histoire pour la Gaumont. Rapidement, les gens de théâtre s’emparent de cette nouvelle invention et on filme de nombreux mélodrames qui ont besoin de cartons, pour expliquer l’histoire, et donc de traductions.

A l’avènement du parlant, en 1927, la question devient cruciale : comment exploiter ici les films tournés ailleurs, dans une autre langue ?

A Hollywood, la technique qui consiste à retourner chaque scène dans d’autres langues est vite abandonnée, à la fois pour son coût et la qualité de son résultat.

Alors, sous-titrage ou doublage ?

Le sous-titrage exige une population lettrée, ce qui est à peu près le cas en Europe occidentale, périmètre auquel je m’arrête.

Mais, dans cet entre deux guerres où l’on prend conscience de l’impact potentiel du cinéma sur les consciences, le doublage présente l’énorme avantage d’offrir la possibilité de réécrire les films, d’en modifier l’idéologie. Les pays fascistes, Italie, Espagne, Allemagne, qui font du cinéma un outil de propagande, choisissent le doublage. Les démocraties du Nord optent pour le sous-titrage. En France, le doublage devient la règle sous le régime de Vichy, l’agrément de la censure n’étant accordé qu’aux films doublés.

Ce clivage entre pays de doublage et pays de sous-titrage est toujours d’actualité aujourd’hui, les pays de doublage offrant un marché bien plus large aux programmes étrangers non anglophones.

DE LA SERIE AU FEUILLETON :

 NOTRE ATTENTION COMME MARCHANDISE

Maintenant, passons aux années 1990. Internet est sur les rails et des sites se créent et se développent intensément, surtout aux Etats-Unis. La valeur d’un site, qui se mesurait au nombre de ses utilisateurs, se mesure en plus au temps que chacun passe à l’utiliser. Il s’agit alors de développer toujours plus de nouveaux services pour capter toujours plus du temps des internautes.

Ce virage dans l’industrie du loisir est fondateur d’un nouveau marché où notre attention devient marchandise. Et c’est précisément à cette époque, fin des années 1990, qu’une chaîne par abonnement américaine, HBO, filiale de la Warner, décide d’adopter ce nouveau modèle économique et redécouvre, en conséquence, les vertus du feuilleton. HBO produit la série qui va révolutionner le genre : Les Sopranos.

Jusque-là, la plupart des séries américaines, sauf les soaps de type Dallas, proposaient des héros récurrents et des épisodes indépendants. On pouvait suivre une série tout en manquant des épisodes. Avec les feuilletons, formats dans lesquels étaient déjà publiés dans les journaux les romans du XIXème siècle, il ne faut rien rater pour suivre l’intrigue.

Les ressorts du feuilleton, on les connaît : attente, rebondissements, suspense,… Un autre terriblement efficace est déployé dans les scénarii des séries : flatter l’égo du spectateur. On multiplie les personnages, on complexifie les intrigues. Il devient difficile de s’y retrouver et chaque fois qu’il y parvient, le spectateur se sent plus grand, plus fort, plus intelligent. Il juge alors la série « géniale » mais en fait, c’est lui qu’il trouve génial devant cette série.

L’autre « nouveauté » des Sopranos : le héros est un anti-héros et on connaît tout de son intimité. La nouveauté, bien sûr, est toute relative. La littérature a acquis ses lettres de noblesse en fouillant l’âme humaine et depuis déjà quelques décennies, le cinéma explorait les failles de ses héros. Mais pour les séries télé, c’est nouveau. Que savions-nous en effet des états d’âme ou de la vie intime de Kojak ou de Colombo ?

Depuis, la série, dont le succès fut considérable, sert de modèle pour la production mondiale.

LES SERIES : UNE CULTURE DE COMMUNAUTES

Les séries, comment c’est fait ? Tout dépend du diffuseur.

Aux Etats-Unis, il existe 2 types de chaînes de télé : les chaînes gratuites qui vivent de la publicité et qui visent un public le plus large possible, avec des productions divertissantes et rassembleuses ; et les chaînes à péage qui doivent se démarquer des premières pour justifier le prix d’un abonnement, de type HBO, avec des productions ciblées pour un public donné, en général plus instruit, plus porté sur la réflexion et donc, à priori, plus aisé.

L’apparition des plateformes fait naître un nouvel acteur, celui du vidéo-club qui, en plus, produit des programmes. Pour Netflix, c’est chaque production qui vise un public donné pour qu’au final, tous les publics soient touchés. Dans ce but, elle a mis au point une méthode exemplaire de développement : on identifie des communautés d’intérêts, d’âge, de genre, d’identité sociale, de mode de vie, de niveau culturel… et un algorithme détermine des thèmes susceptibles d’attirer plusieurs de ces communautés, 3 ou 4 par projet, à chaque fois différentes selon les productions. Les cahiers des charges ainsi obtenus sont confiés à des équipes de scénaristes qui n’ont plus qu’à créer les personnages, construire les histoires. Le système peut d’autant plus être affiné que tous nos clics sont enregistrés, il est donc possible de savoir qui regarde quoi.

L’industrie des séries ne cherche donc pas la création (contrairement à ce que le slogan de Canal + nous incite à penser, « une création Canal + »), elle développe des recettes de fabrication pour séduire des communautés. Sur le même modèle que les réseaux sociaux, les gens qui se ressemblent se retrouvent devant les mêmes programmes et se laissent de moins en moins de chances d’en découvrir d’autres puisque, sur les plateformes, à l’image d’internet, pas de hasard, on ne trouve que ce que l’on cherche. Le risque est de s’enfermer dans ses goûts et certitudes, émoussant par là sérieusement nos esprits critiques.

Première question : dans le tronc commun des références culturelles qui contribuent à souder une société, la part de la télévision est considérable. Qu’advient-il alors quand les individus qui constituent cette société n’ont plus les mêmes références télévisuelles ? Et n’ont mêmes plus la moindre idée de ce que regardent leurs contemporains, même leurs enfants, ou leurs parents, qui sont sur d’autres segments de la population ?

Par contre, avec les plateformes de VOD, comme avec les réseaux sociaux, des communautés extranationales se constituent. A l’autre bout du monde, des gens ont les mêmes références que nous.

Une première conséquence de cette production ciblée est l’aggravation, me semble-t-il, du gap culturel entre les différentes classes sociales. Au cinéma, les block-busters (films très grand public) ont au moins le mérite d’attirer un vaste public dans les salles. De la même manière, tous les publics pouvaient se retrouver devant nos vieilles séries aux héros récurrents. Et alors que les chaînes dites généralistes ont pu l’être à une époque, aujourd’hui chacune a sa ligne éditoriale précise dont elle s’écarte peu et les programmes réellement culturels sont devenus rares sur les chaînes gratuites. Personnellement, je m’aperçois qu’il y a des chaînes que je ne regarde plus jamais et c’est spécifique au XXIème siècle.

Les modes de diffusion eux-mêmes sont clivant. Par exemple, selon les générations, on suivra plus facilement les séries à la télé (diffusion linéaire) plutôt qu’en streaming (diffusion non linéaire).

Pour revenir au doublage, dans un contexte où les séries étrangères sont largement majoritaires sur nos écrans, les gens qui regardent en VOST et ceux qui regardent en VF se répartissent assez bien selon le paysage dessiné par nos niveaux culturels.

Classes sociales, générations, niveaux culturels… à mon sens, les séries tendent à participer à l’atomisation des populations et à l’essor de l’individualisme qui sont à l’œuvre dans nos sociétés de services post-industrielles et numériques.

LA STANDARDISATION DE LA PRODUCTION 

Mais que nous proposent donc à voir ces séries ?

On remarque déjà qu’auteurs, réalisateurs, compositeurs, comédiens sont interchangeables. Dans ce système de productions ciblées qui fait que ce n’est pas à l’auteur de trouver son public mais au public de trouver sa série, chaque acteur de la fabrication joue son rôle sous le quasi statut de technicien salarié, obéissant à des codes établis à l’avance qui éliminent toutes tentatives d’expérimentation. L’originalité propre aux œuvres de créateurs, que porte le système de droit d’auteur face au copyright anglo-saxon, et qui personnellement me passionne, n’a pas sa place dans ce système où l’on prend pour des inventions de simples trouvailles pour renouveler le déroulé des mêmes histoires.

La qualité n’est pas exclue mais elle n’est jugée par les décideurs qu’au regard de la rentabilité, donc de l’audience. Aux Etats-Unis, dès qu’une série n’atteint pas ses objectifs, elle est arrêtée, qu’elle soit ou non de qualité (mais qu’est-ce que la qualité ? Autre débat…).

Ainsi les scènes s’enchaînent, construites de la même façon, plan large, plan moyen, plans rapprochés qui se succèdent en champ, contre-champ où c’est celui qui parle qui est toujours à l’image. L’action des séries se passe presque toujours en ville, où vivent les équipes de production, parmi des populations aisées, comme le sont leurs concepteurs. Les musiques illustrent ce que l’on voit déjà, quand elles ne remplissent pas les vides de la réalisation. Les acteurs et actrices, dont le physique collerait à tous les rôles, adoptent tous la même gestuelle standardisée.

Enfin les dialogues, sur lesquels je travaille depuis plus de 20 ans, me frappent par leur uniformité, que nous reproduisons au doublage à la demande de nos commanditaires. Même registre de vocabulaire, mêmes phrases courtes, sujet, verbe, complément et même respect de la syntaxe et de la grammaire. On est très loin des langages de la vraie vie, avec leurs approximations, leurs erreurs, leurs accents et tournures régionales ou sociales. On adapte quand même le langage aux personnages, leurs milieux, leurs vécus, mais dans une fourchette très étroite. Le langage stéréotypé des séries est celui des journalistes, des politiques, des personnages publics, codifié par la télé qui le produit. Même l’usage des gros mots est formaté par l’industrie : pour les chaînes gratuites à publicités, qui s’adressent au grand public, pas de gros mots. Pour les chaînes à abonnement, qui doivent se démarquer, des « fuck » toutes les 3 phrases. On retrouve ici la soi-disant impertinence de Canal+, chaîne par abonnements, qui a pour modèle depuis ses débuts la chaîne américaine HBO.

Mais il faut bien que le genre ait l’air de se réinventer. Parmi les « trucs » pour donner l’illusion de la nouveauté, on change la toile de fond. Et on en profite pour donner l’impression au spectateur qu’il apprend quelque chose. On le plonge dans le contexte d’un commissariat, d’un hôpital, d’un service d’espionnage, dans les jours qui suivent un accident nucléaire… et on fait passer ces fictions, à grands renforts de consultants et dans un monde ou l’image crée l’événement, pour des sources d’information. En réalité, en 1 ou 2 épisodes, le contexte est posé et l’univers balisé. La suite n’explore plus que les rapports qu’entretiennent les personnages entre eux. L’art dramatique reste l’art dramatique et il ne repose, depuis les tragédies grecques, que sur un seul ressort : les conflits entre les personnages. On ne se lasse pas de traquer les amours, les haines, les trahisons… Vous enlevez ça, vous êtes dans le documentaire mais là, vous perdez l’émotion (d’où l’invention du docu-fiction).

Il y a eu des tentatives de séries qui ont voulu faire passer l’info avant le pathos. Elles se sont soldées par des échecs, entendez échecs d’audience bien sûr.

Si on ajoute que dans une fiction, on ne connaît pas le faux du vrai, on se rend vite compte qu’au final, on n’apprend rien, ou si peu au regard des heures d’attention qu’elle exige. On est seulement fascinés de nous retrouver plongés dans les rues de la Rome antique ou dans l’intimité d’un parti politique. C’est la puissance des images sur nos cerveaux que les maîtres des propagandes totalitaires d’entre les 2 guerres avaient bien perçue.

Les passions, les mensonges, les meurtres… y a que ça de « vrai » dans les séries !

CREER L’ADDICTION

Mais après tout, quelle importance que les séries télé ne soient pas des œuvres d’art abouties capables d’inventer les codes de demain ? Ce n’est pas ce qu’on attend d’elles. Et nombreuses sont celles que l’on peut estimer comme du divertissement de qualité. On a besoin de divertissement. C’est un bon moyen de réinventer des réalités, de se libérer de sphères trop bornées, voire de donner du sens.

A condition de ne pas en être esclave. Selon le sondage pour Havas (avant COVID) que j’ai évoqué plus haut, 60% des sondés affirment ne pas pouvoir rester tranquilles sans consommer du contenu. 40% affirment ne pas pouvoir vivre sans Netflix ! Il semble qu’on en soit à préférer la compagnie de nos écrans à celle de nos contemporains, même les plus proches…

Il faut dire que toute l’industrie du divertissement se mobilise pour nous scotcher à nos écrans. Il y a une quinzaine d’années, le patron d’HBO, à un journaliste qui lui demandait quel était son projet, a fait cette réponse : « créer l’addiction », rendre les gens dépendants. Aujourd’hui, le mot est complètement banalisé, l’aspect « addictif » des séries étant même un gage de qualité, y compris pour les critiques !

Dans le même ordre d’idée, le patron de Netflix, Reed Hastings, a déclaré : « Notre concurrent principal, c’est le sommeil ».

Le projet des chaînes gratuites à publicité avait été résumé en son temps par Patrice Lelay, alors patron de TF1 : « offrir du temps de cerveau disponible à Coca Cola ». Le cynisme de la formule avait fait scandale dans une France qui considère traditionnellement les biens et services culturels comme vecteurs de valeur et pas seulement objets de commerce.

Mais parler d’addiction, ou d’offrir du temps d’attention à des annonceurs, c’est avouer que l’intérêt du spectateur passe après celui de l’actionnaire. Ce modèle nous vient d’un pays, les Etats-Unis, qui estime que le fruit des industries culturelles est une offre de divertissement (entertainment) et n’a rien à voir avec la culture.

LE PLAISIR SOLITAIRE

Cette addiction, comment la vivons-nous ? Le plus souvent, seuls. Les plateformes marquent le retour au visionnage individuel proposé par le kinétoscope d’Edison. Le mode de consommation qu’elles proposent est l’expression de l’individualisme étasunien triomphant. Le collectivisme inclusif européen, que le cinématographe a pu incarner, vole en éclat.

Si nous sommes dans une société du divertissement, le loisir que nous propose les plateformes est un plaisir solitaire. Devant les chaînes classiques, on pouvait encore suivre le spectacle en famille. Aujourd’hui, je connais des couples qui suivent les mêmes séries mais pas à la même cadence, l’un ayant quelques épisodes d’avance sur l’autre, à la faveur de trous dans l’emploi du temps que la boulimie, le besoin d’écran comble vite, interdisant l’attente de la disponibilité de l’autre.

J’ai parlé de plaisir solitaire. Ca paraît bien central dans les pratiques d’aujourd’hui. Il en va de même pour les jeux vidéos, qui touche aussi 75% de la population et qui sont largement pratiqués en solo. Les sites porno, visités dans les mêmes proportions, représentent un tiers des connections internet. Séries, jeux vidéos, porno, autant d’activités organisées pour qu’on y consacre un temps considérable. C’est l’isolement qui guette leurs utilisateurs. Et les jeunes, cible privilégiée de nombre de ces fournisseurs de contenus, y sont particulièrement exposés.

Il y a d’ailleurs beaucoup de solitudes dans nos sociétés. Dans les années 90, les nouvelles technologies ont enclenché un mouvement de dématérialisation du monde auquel les industries de l’audiovisuel participent activement : de la même manière qu’Amazon nous évite de sortir pour aller faire nos courses, que les jeux vidéo nous évitent de sortir pour aller nous confronter à l’autre physiquement, Netflix nous évite de sortir pour aller au cinéma.

Dans ce contexte, s’organiser une vie sociale qui favorise la rencontre avec les autres apparaît comme résistante. Cette année 2020 nous a montré combien les industries dématérialisées sont particulièrement bien adaptées au confinement. Mais est-ce l’avenir que nous souhaitons pour nos sociétés ?

ET LA DEMOCRATIE DANS TOUT CA ?

Devant nos écrans, dans cette course au divertissement à tout prix, les yeux et les oreilles saturés, nous consommons, parfois jusqu’à l’abrutissement, des immersions étourdissantes de produits prémâchés pour nous, qui nous prennent par les émotions et nous enlèvent toute capacité de distanciation.

Est-il encore sensé de nommer ces industries dévorantes « culturelles » ? En passant de la « culture » aux « industries culturelles », nous avons privilégié le quantitatif, le résultat chiffré, négligeant la puissance du qualitatif. Les produits culturels véhiculent des valeurs, des idées, du sens, et apparaissent comme des instruments de communication symbolique qui façonnent l’identité culturelle d’une collectivité. La démocratie est un projet de gestion collective qui repose sur le débat permanent entre citoyens qui vivent dans la conscience d’une identité. La culture en constitue le socle. Où nous mène la société du divertissement qui me donne l’illusion d’un monde à mon service ? Où on me propose et où je dispose, sans effort. D’un monde où l’addiction remplace le désir, le plaisir immédiat remplace la joie durable ? Quid du collectif ? Quid de l’engagement ? Quid de l’idéal ? Quid de la construction d’un avenir meilleur, raison d’être de la démocratie ?

Fin de la saison une.

Pour écrire la saison 2, nous avons quelques éléments :

Les plateformes de VOD ont accéléré leur développement avec la crise de la COVID (depuis début mars, l’action de Netflix en Bourse a bondi de 40%, avec une capitalisation boursière qui atteint près de 190 Md$).

Les entreprises américaines de médias poursuivent leur déploiement mondial. Après Amazon et Netflix, deux géants américains sont entrés sur le marché européen, avec le rachat passé quasiment inaperçu fin 2018 de Sky, premier groupe européen de télévision payante, par Comcast. Très rentable, Sky possède 23 millions d’abonnés en Grande Bretagne, Italie, Allemagne, Autriche. Et, bien sûr, l’arrivée massive de Disney avec sa plateforme Disney + arrivée en France le 7 avril 2020..

Depuis environ 2 ans, l’industrie sentant un début de lassitude du public devant l’inflation des séries chronophages, la production s’oriente vers des mini-séries, une saison, 6 à 10 épisodes. L’industrie devance encore nos demandes, nos désirs sont des ordres, pour entretenir l’addiction. Pour contrer ces machines de guerre mercantiles, proposons de nous appuyer sur notre tradition d’intervention publique en matière culturelle pour renforcer le service audiovisuel public, en France et en Europe, seul possibilité d’offrir aux citoyens une offre réellement culturelle qui échappe à la loi du marché.

La formation des futurs citoyens libres car avertis, passe par la formation généralisée, dès les petites classes, à l’usage des nouveaux média et de leurs contenus.

L’Europe, depuis les années 90, travaille à préserver le secteur culturel européen dans sa diversité, tant sur le plan de la production que sur celui de la circulation des œuvres. Au delà de son impact en matière économique et d’emploi, pour l’Europe, « le secteur audiovisuel exerce une influence considérable sur les connaissances, les croyances et les sentiments des citoyens ; il joue un rôle crucial dans la transmission, l’évolution et même la construction de l’identité culturelle » (2004). Mais les résultats de ces programmes sont encore très mitigés. (https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0048-la-politique-audiovisuelle-de-l-union-europeenne)

Alerte info : le17 déc 2020, Roseline Bachelot annonce qu’un accord a été signé avec les plateformes américaines exerçant en France, leur faisant obligation de consacrer 25% de leur chiffre d’affaire à la création cinématographique française ou européenne, au même titre que les chaînes traditionnelles. Bonne nouvelle pour l’exception culturelle mais mauvaise pour les cinémas, les films Netflix, par exemple, n’étant pas exploités en salle, et pour les chaînes classiques qui voient une part de la production française leur échapper. Cette mesure aura aussi un impact dur le droit d’auteur. Allons-nous assister à l’avènement du copyright ? C’est tout un modèle économique que ces plateformes remettent en cause.

Régis Ecosse – janvier 2021

Demain Le Cinéma !

Une tribune signée Thierry Frémaux parue dans les colonnes du Journal du Dimanche et dans Variety, à l’occasion des 125 ans de la première projection du Cinématographe, et publiée sur le site de l’institut Lumière.

DEMAIN, LE CINÉMA !
par Thierry Frémaux – Directeur de l’Institut Lumière

Commençons par un point final : c’est la France qui a inventé le cinéma. A l’été 1894, à Paris, Antoine Lumière découvre le Kinétoscope de Thomas Edison, appareil individuel qui permet à une image minuscule de s’animer si on y met une pièce. « Il faut faire sortir le film de cette boite, dit immédiatement le père de Louis et Auguste, le projeter sur un grand écran et devant un public. » Et il ajoute : « Je rentre à Lyon. Mes fils trouveront. » Ses fils trouvèrent et appelèrent leur machine le Cinématographe, qui signifie « écrire le mouvement ». Génie de la nouveauté : le même appareil filme et projette.

À la fin 1895, Lumière décide de dévoiler au monde la nouvelle invention. Le 28 décembre 1895, il accueille le public parisien au Salon Indien du Grand Café, boulevard des Capucines, dans le quartier des illusionnistes et des magiciens. Son propriétaire refuse une location au prorata du nombre de spectateurs. Le premier soir, il se frotte les mains : il n’y en avait que 33. Les jours suivants, la foule accoure par centaines. Louer la salle au forfait fut la première bonne affaire de l’histoire du cinéma. Lumière savait ouvrir le futur, et pas seulement par son patronyme.

Une demi-heure, dix films projetés et rembobinés les uns après les autres, cinquante secondes chacun, dont le premier d’entre eux : La Sortie de l’usine Lumière à Lyon. Et s’il est vrai que Georges Méliès assistait à cette première séance, installé au premier rang, et qu’il a tenté en vain d’acquérir l’appareil, il ne l’est en revanche pas que Lumière a déclaré que « c’était un art sans avenir ». La preuve, Louis va réaliser et produire 1500 films (tous superbes, mais c’est un autre sujet). Des histoires belles mais fausses, il y en a quelques unes dans la saga Lumière. Comme chez John Ford, on a souvent préféré imprimer la légende et on a bien fait.

Le 28 décembre fut donc la « première projection publique payante » du Cinématographe. La première séance de cinéma. On va le dire ainsi, en cette veille d’anniversaire. Cet avènement est une longue chaine et doit beaucoup aux travaux des prédécesseurs de Lumière : Etienne-Jules Marey, Eadweard Muybridge, Emile Raynaud et bien sûr Thomas Edison. Mais répétons aux grincheux anti-français (des français, souvent !) qui contestent depuis des lustres la légitimité de Lumière, que les américains vont aussi au cinéma, pas au Kineto.

Aujourd’hui, 28 décembre 2020, les salles de cinéma ont 125 ans. Et cette célébration se fait avec un peu de tristesse et beaucoup de mélancolie. Car pour la première fois, elles sont à l’arrêt. Ce que les guerres mondiales n’avaient pu faire, un virus y est parvenu, insidieusement, dans un aller-et-retour infernal. Deux fois, en 2020, les cinémas ont fermé leurs portes et éteint leurs écrans. Il y aurait eu meilleure manière de les fêter – ça n’était pas comme cela que nous avions prévu les choses. Et comme si cela ne suffisait pas, les exploitants et les amoureux des salles doivent regarder les plateformes faire main basse sur les trésors de famille, les films, les cinéastes et les cinéphiles.

Du côté des éditorialistes, plutôt que le énième papier sur la mort du cinéma, on voudrait une pensée tendre, quelques paroles de reconnaissance, que soit redit ce que le septième art apporte à la civilisation. Dans l’attente fébrile de 2021, les spectateurs, eux, ont parlé. Ils sont revenus lors du premier déconfinement, ils étaient prêts à le faire à nouveau le 15 décembre dernier et ils reviendront à la première occasion. Si Lumière a inventé les salles, le public les réinvente, c’est sa présence qui en fait la magie. Il eut ce 28 décembre 1895 la bonne intuition : ce dont les gens avaient envie, c’était d’être ensemble pour partager les émotions du monde. Les plateformes, qui ne peuvent pas se passer de « nous », de nos films, de nos artistes, ne sont pas la revanche d’Edison : la télévision est là depuis les années cinquante. Le cinéma en a vu d’autres.

Car d’émotions collectives, nous avons toujours envie. Dans leur absence, les salles, qui sont nos maisons, nos églises et nos rituels, n’ont jamais été aussi présentes. Quand nous reverrons-nous ? Bientôt, il le faut. Nous voulons retourner dans un cinéma où il n’y a pas de bouton « Pause ». Voir, sur un grand écran, un film que nous découvrirons. Assis à côté de quelqu’un que nous ne connaissons pas. Retrouver les promesses que le cinéma a toujours tenues et qui ne disparaitront jamais.

Thierry Frémaux
Directeur de l’Institut Lumière

Remerciements au Journal du dimanche qui a publié ce texte dans ses colonnes le 27 décembre 2020. Ainsi qu’à Variety et Elsa Keslassy pour la traduction anglaise.

Pour compléter cette tribune regarder les premières 10 minutes de l’histoire du Cinématographe, le 28 décembre 1895 au Salon Indien du Grand Café, Boulevard des Capucines à Paris.

LA RÉGION Bourgogne-Franche-Comté VIENT AU SECOURS DES CINÉMAS

La Bourgogne-Franche-Comté débloque 750 000€ pour les cinémas de la région

Des aides de 1 500 à 30 000 €
Lors de la commission permanente du 18 décembre 2020, la Région a adopté un dispositif de soutien exceptionnel pour l’ensemble des exploitants de cinéma de Bourgogne-Franche-Comté : privés, publics ou associatifs, indépendants ou appartenant à un réseau. Le montant des aides, complémentaires des dispositions du CNC, est compris entre 1 500 € et 30 000 €, selon la taille de l’établissement et la nature de ses difficultés économiques.

Intervenir pour que les salles obscures entrevoient la lumière au bout du tunnel… La Région Bourgogne-Franche-Comté vient d’adopter un dispositif de soutien exceptionnel aux 85 cinémas fixes et 5 circuits itinérants qui maillent son territoire. Avec un double objectif : sauvegarder ces établissements culturels et encourager les animations qui favoriseront le retour du public à la réouverture des salles. On fait le point avec le président de l’association Cinémas indépendants de Bourgogne-Franche-Comté, Régis Faure, exploitant à Digoin et Gueugnon (71).  

Régis Faure, les cinémas qui espéraient rouvrir le 15 décembre restent fermés pour raisons sanitaires, au moins, jusqu’en janvier 2021. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?
« Avec nos équipes, nous avions effectivement préparé depuis plusieurs semaines la réouverture. Lorsqu’on a appris la mauvaise nouvelle, nous étions en colère, avec un fort sentiment d’injustice. Maintenant, la colère est un peu passée ; on reprend le combat. En 2020, nous avons été fermés 5 mois sur 12 pour des raisons administratives. En plus, les vacances de Noël, c’est traditionnellement la période où la fréquentation des salles est la plus haute. Alors on  essaie de se projeter dans l’avenir afin de sauvegarder nos entreprises et de se préparer à reconquérir les spectateurs. »

Début décembre, vous avez rencontré la présidente Marie-Guite Dufay. Qu’attendiez-vous de la Région Bourgogne-Franche-Comté ?
« Nous lui avons exposé nos difficultés et fait des propositions pour que la Région puisse nous accompagner. Nous étions notamment favorables à un bonus régional qui viendrait majorer la « prime Art & Essai » versée annuellement par le Centre national du cinéma (CNC) en fonction de la qualité de la programmation et du travail mené auprès des publics. C’est une bonification incitative pour l’organisation d’animations afin que les cinémas vivent et soient plus que des lieux de diffusion. Avec les deux autres volets mis en place par la Région (voir ci-dessous), on s’y retrouve complètement. C’est une réponse à l’urgence et un encouragement à inscrire nos salles dans l’avenir. »

Craignez-vous que ces longues périodes de fermeture ne détournent durablement les spectateurs des salles de cinéma ?
« L’essor des plateformes de streaming nous inquiète. Les formules d’abonnement rendent le public captif et encouragent une pratique solitaire du cinéma. Mais nous sommes persuadés que les gens vont avoir envie de revenir dans nos salles, de partager des émotions, comme ils l’ont fait en octobre. »

Ce dispositif d’urgence compte trois volets d’intervention :

la compensation des pertes d’exploitation sur la période septembre-décembre 2020, à hauteur de 25 % de l’acompte du fonds de compensation du CNC. Pour les 15 cinémas en régie municipale, qui ne bénéficient pas de ce fonds national, une aide forfaitaire de 2 000 € est prévue.
la bonification de 50 % du montant de l’aide « Art & Essai » du CNC (les deux-tiers des cinémas de Bourgogne-Franche-Comté sont concernés).
le soutien à la trésorerie des cinémas qui doivent faire face à d’importantes charges de loyers ou de remboursement de prêt : aide forfaitaire de 2 000 €.
Au total, la Région réserve une enveloppe budgétaire de 750 000 € pour les cinémas de Bourgogne-Franche-Comté qui devront faire leur demande de soutien entre début janvier et le 31 mars 2021.

Les exploitants de cinémas commentent leur réouverture pour le 15 décembre

Article publié sur le site « franceinfo » 
par Jacky Bornet – France Télévisions  Rédaction Culture

Comment les directeurs de salles de cinéma réagissent aux modalités de leur réouverture ? Trois exploitants indépendants répondent entre soulagement et contraintes.

Distributeurs et exploitants se réjouissent unanimement de la réouverture des salles de cinéma le 15 décembre. Une période clé, comme pour les commerces, en cette période de fêtes. Trois directeurs et directrices de salles indépendantes nous commentent les mesures mises en place, et donnent le sentiment de la profession en cette période de crise, en plein rush pour savoir quels films ils vont proposer au public.

Les contraintes de l’horodating et de la jauge

Pour Nathalie Levasseur, exploitante de la salle Pandora à Achères (Yvelines), « c’est le ticket de caisse faisant foi de dérogation au couvre-feu à partir de 21h qui est important« . Cette mesure, promue par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, a été revue à la baisse le lendemain, avec l’annonce d’une fin des séances à 21h, corolaire au couvre-feu,. La mesure entraîne le début de la dernière projection autour de 18h-19h30 et non 20h-20h30, la plus rentable de la journée, comme suggéré dans la déclaration d’Emmanuel Macron, la veille.

Le son de cloche est un peu similaire chez Samuel Merle, programmateur des 7 Parnassiens, des 5 Caumartin et du Lincoln, à Paris. A la différence près, que répondant à nos questions après les mises au point du Premier ministre et de la ministre de la Culture, « il a été clairement précisé par Jean Castex que la dernière séance devait s’arrêter à 21h », déclare Samuel Merle. « On a été un peu déçus à cette annonce. Mais sur un film de 1h30, ça nous permet de faire une projection à 19h30. C’est mieux que rien« , estime-t-il.

Time flies | Le temps passe vite, création de Patrick Lefevre, 19/10/2017 (PATRICK LEFEVRE / BELGA MAG)

Pour Guillaume Louradour, qui exploite les deux salles Le Figuier Blanc (aussi salle de spectacle) et le Jean Gabin d’Argenteuil (Val-d’Oise), « finalement, ça ne va changer grand-chose par rapport au premier couvre-feu, sinon gagner une petite demi-heure, puisqu’on faisait terminer les dernières séances autour de 20h15-30. Mais ce n’est pas ce qu’on espérait. D’autant que les autres commerces pourront ouvrir aussi jusqu’à 21h. L’horodating reste une vraie déception, car si on a une bonne fréquentation l’après-midi, il touche les jeunes actifs, plus libres le soir, qui constituent le gros des entrées. »

« La jauge de 50% de capacité des salles est aussi importante, ajoute Samuel Merle. Quand vous avez 150-200 places, c’est supportable, mais pour des petites salles art et essai à 60-80 places, là, avec 22 personnes dans la salle, ce n’est plus rentable. Et ce qui arrive souvent, c’est qu’on doit refuser l’entrée aux retardataires, parce qu’on est déjà complet. Il faudrait que cette jauge soit supprimée, ça fait beaucoup de tort, alors que les distances physiques et le port du masque sont respectés, les spectateurs se corrigeant même entre eux« .

Compenser « une reprise coupée de ses ailes en octobre »

Selon Guillaume Louradour « la profession avait souhaité qu’il n’y est pas de nouveaux films pendant la première semaine d’exploitation, pour que cela profite aux films suspendus par le reconfinement, mais ce n’est pas ce qui a été choisi. Il y a donc une offre pléthorique de nouveaux films en décembre, plus tous les films arrêtés en cours d’exploitation en octobre. D’autant que ce sont des grands films populaires comme ADN de Maïwenn, Adieu les cons d’Albert Dupontel, Miss de Ruben Alves. Parmi les exclusivités, le blockbuster Wonder Woman 1984 est un gros morceau, ou le très beau film d’animation Le Peuple loup. On programmera aussi Mandibules, le nouveau Quentin Dupieux, toujours dans son univers très particulier, mais aussi un très beau documentaire, 143 rue du désert, tous deux étant plus confidentiels. »

Si les responsables de salles franciliennes d’art et essai ne sont « pas concernés par l’absence des blockbusters américains« , elles constatent la fidélité de leur public. Les spectateurs « revenaient en masse et de plus en plus chaque semaine, à partir du déconfinement, notamment en septembre. Et puis, ça a été le couvre-feu, et enfin la fermeture brutale avec le deuxième confinement, comme si on avait coupé les ailes de cette reprise prometteuse« , confie Nathalie Levasseur.

Pour la programmation de ses trois salles du Pandora d’Achères, elle prévoit aussi de réexposer ADN de Maïwenn qui n’a connu que deux jours d’exploitation et « qui était bien parti« . Idem pour Adieu les cons de Albert Dupontel qui avait rassemblé un million de spectateurs sur sa semaine d’exposition, « succès incroyable en cette période« . Son troisième choix se pose sur le formidable Une vie secrète, à propos du franquisme, des espagnols Jon Garaño, Aitor Arregi, José Mari Goenaga, sorti deux jours avant le deuxième confinement.

« A l’heure de la réouverture, le problème va être l’embouteillage des sorties. Il y a beaucoup de films attendus et notamment français, et ça va être une période très rock n’roll. Mais au final, cette crise nous a rapprochés entre exploitants, gros et petits, car on était tous devant la même problématique », estime Samuel Merle. « Pour les films nouveaux, je vais projeter Slalom aux 7 Parnassiens, mais garder la programmation des 5 Caumartin en l’état avec notamment Last Words de Jonathan Nossiter, du même distributeur et sur lequel je m’étais engagé. »

Nathalie Levasseur insiste par ailleurs sur la reprise des séances scolaires auxquelles elle tient. Raison pour laquelle elle reprendra le splendide film d’animation Josep d’Aurel,sur les camps de concentration de réfugiés de la Guerre d’Espagne en France à partir de 1936, Dans le même registre de l’animation, elle attend Le Peuple loup de Tomm Moore et Ross Stewart, qu’elle a trouvé « merveilleux« , ce que confirme Samuel Merle qui l’exposera également le 16 décembre.

« Mais surtout le 23, il y a deux grosses sorties françaises avec Bac Nord, un polar musclé avec Gilles Lellouche, et Le Discours, la comédie de Laurent Tirard. Il y a aussi Wendy qui est une variation sur Peter Pan, de Benh Zitling qui avait réalisé Les Bêtes du sud sauvage. Il y a une telle richesse que ça rappelle une semaine classique », estime Guillaume Louradour.

« Il a fallu fermer nos salles, alors que nous avions de très bons films et que le public revenait, je suis donc assez confiant en cette reprise », conclut Samuel Merle.

Les salles de cinéma menacées ?

« Depuis le premier confinement, on s’est sentis menacés, parce que nous avions entrepris de lourds travaux de rénovation aux 7 Parnassiens, mais on a eu un soutien exceptionnel de la Mairie de Paris qui nous a vraiment soutenus sur ce projet. L’aide du CNC (Centre national de la cinématographie) concernant le chômage partiel est également important. Mais ce qui est le plus inquiétant, c’est plus la petite musique jouée par les jeunes qui remettent directement le cinéma en cause, je l’entends souvent de leur part. Du fait que des films importants se retrouvent sur les plateformes américaines, alors pourquoi aller en salle ? A mes yeux, la principale inquiétude vient de là« , estime Samuel Merle.

« Par ailleurs, vu l’absence de blockbusters américains, les grands distributeurs, UGC, Gaumont, CGR, se sont reportés sur les films d’auteurs, plus intimistes, en nous prenant un peu notre public. Au lieu d’être dix sur un film, on se retrouvaient 20 à le projeter, ce qui n’a pas été sans préjudices pour les indépendants. »

Les conseils sanitaires projetés sur un écran de cinéma à Paris en 2020. (THOMAS COEX / AFP)

« Comme salle municipale (NDLR : subventionnée), on s’est sentis un peu protégés, il n’y a pas de risque immédiat, déclare de son côté Guillaume Louradour. Mais les collectivités territoriales ont tout de même des difficultés pour boucler leur budget 2020 et 2021, donc pour nous aider. La question demeure : jusqu’à quand va durer cette situation ?« 

« Mais ce qui nous a choqués c’est l’annonce de Roselyne Bachelot sur des aides de l’Etat pour compenser le manque à gagner des exploitants pendant le confinement, lors du congrès des exploitants à Deauville, et d’apprendre ensuite que les salles en régime direct, c’est à dire municipales, en seraient exclues. C’est la première fois qu’une telle différence s’applique avec le parc des salles privés, associatives ou parapubliques. On est une centaine de salles en Ile-de-France en régie directe et mis au ban de ces subventions, alors que les collectivités territoriales connaissent des situations financières très délicates. Notre risque, c’est que nos collectivités prennent des décisions douloureuses, et négligent les cinémas. On essaye de se battre sur ce terrain. L’ACRIF (Association des cinémas de recherches d’Ile-de-France) a envoyé dans ce sens un courrier aux autorités publiques », conclut Guillaume Louradour.

quelle aides pour les salles en 2021 : les inquietudes du Sénat

 » le site boxoffice.fr réagit à l’alerte de la Commission Culture du Sénat concernant le cinéma  » 
Après son avis favorable aux crédits consacrés au cinéma dans le cadre du projet de loi de finances pour 2021, la commission Culture du Sénat émet de multiples inquiétudes sur l’avenir du secteur, en phase avec les préoccupations des professionnels.

Bien que reconnaissant et saluant l’engagement de l’État aux côtés de la filière, « avec plus de 265 millions d’euros de crédits affectés à la compensation et à la relance », Jérémy Bacchi, le rapporteur de la commission (et sénateur des Bouches-du-Rhône), s’inquiète de leur insuffisance au regard du « deuxième confinement qui terrasse une reprise elle-même poussive ». Il rappelle en outre que ce second confinement « qui doit prendre fin le 15 décembre, n’est pas intégré dans les projections financières du CNC. En conséquence, il est d’ores et déjà certain que les prévisions de ressources pour 2020, voire 2021, sont caduques. De même, il est probable que les mesures de soutien proposées pour 2021 seront insuffisantes pour préserver le cinéma français. »

Pour la commission Culture du Sénat, les crédits ouverts pour le cinéma pourraient suffire à « passer le cap » de 2020 « s’ils sont utilisés, non pour la relance, mais dans un objectif de compensation. La question se posera cependant rapidement en 2021. »

Lire la suite sur le site boxoffice.fr

FEMA …

Territoires et Cinéma s'associe pleinement à cette publication du Festival de Cinéma de La Rochelle et la partage avec plaisir.

Nous pensons à tout le travail effectué par ces équipes et souhaitons vivement que des événements pourront être reportés début 2021.

Le catalogue-bilan de cette 48e édition est disponible sur notre site, incluant les 135 films programmés (en ligne, en salles et en plein air), récapitulant le calendrier de cette édition hors normes.
Un montage tout juste finalisé vous permettra de découvrir les activités du Festival à l’année, sur le territoire rochelais et bien au-delà (films d’ateliers produits par le Festival, stages…).

Après le succès du Fema d’automne à La Rochelle début octobre, nous nous réjouissions de poursuivre l’accompagnement hors-les-murs de nos diverses cartes blanches : des « portraits de femmes » inédits ou en avant-première (dont le bouleversant Petite fille de Sébastien Lifshitz, programmé demain soir sur Arte et en replay) aux Escales documentaires, à l’occasion de leur 20e anniversaire, un hommage à Michel Piccoli lors du 40e Festival International du Film d’Amiens, les avant-premières d’À l’abordage à Niort, de The Wicker Man à Saintes, la rétrospective de la Hammer à la Cinémathèque de Toulouse.

Comme tous les cinéphiles et professionnel.le.s, nous attendons avec impatience la très prochaine réouverture des salles de cinéma et espérons que la solidarité sera aussi au rendez-vous avec une grande diversité des films à l’affiche.

En soutien aux éditeurs vidéo, vous pouvez vous procurer, pour les cadeaux de fin d’année, quelques films programmés au Fema La Rochelle qui font l’objet de beaux coffrets DVD/Blu-ray : Thérèse d’Alain Cavalier – incluant une version audio-décrite commandée par le Festival (bientôt réédité en salles), Le Trou de Jacques Becker, La Poursuite impitoyable d’Arthur Penn, Muriel d’Alain Resnais, La Rumeur de William Wyler et 3 films de Guy Gilles, redécouvert à La Rochelle en 2003.

Sans oublier deux remarquables ouvrages : Les Chroniques du cinéma confiné, les récits d’une centaine de cinéastes et professionnel.le.s et Stop Motion, un livre indispensable sur cette technique d’animation qui sera mise à l’honneur au Festival 2021.

Les grandes lignes du 49e Festival La Rochelle Cinéma – qui aura lieu du 25.06 au 04.07.2021 – seront bientôt dévoilées ainsi que la nouvelle version de site internet !

Bonnes fêtes à toutes et à tous et rendez-vous au cinéma dès le mardi 15.12 (les premiers jours seront déterminants pour la survie de certains films…).

L’équipe du Fema La Rochelle

« Montrer des films à des jeunes, c’est un acte politique, c’est un acte de citoyenneté »

L’association Passeurs d’images, présidée par Laurent Cantet, a vocation à fédérer et à animer l’ensemble du réseau national de l’éducation aux images.
C’est à ce titre qu’elle mobilise le réseau des acteurs de l’éducation aux images et la communauté éducative pour interpeller les ministres de la Culture et de l’Éducation nationale et protester contre l’arrêt des séances scolaires en salle de cinéma dont les dispositifs École et cinéma, Collège au cinéma, Lycéens et apprentis au cinéma sont victimes.

Territoires et Cinéma s’associe à cette démarche. Vous pouvez, vous aussi vous, la soutenir ici !

Le texte de cette tribune : 

Madame la Ministre de la Culture et Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale,
Le cinéma est un art qui se découvre en salle.
Chaque année, dans le cadre des dispositifs scolaires Ecole et cinéma, Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma, plus de deux millions de jeunes sortent de l’école, du collège ou du lycée pour aller découvrir des œuvres cinématographiques qu’ils n’iraient jamais voir par eux-mêmes, dans ce lieu unique qu’est la salle de cinéma.
Emmener les élèves voir des films en salle de cinéma peut sembler commun, or il s’agit d’un acte politique fort, un acte de citoyenneté, un acte de résistance. Plus encore suite aux événements tragiques qui se sont déroulés il y a peu et qui ont ébranlé la communauté éducative. Dans un monde où les fractures semblent s’accentuer chaque jour, l’école est encore le lieu du « pour tous ».

Lire la suite sur le site « Passeurs d’images »

Arte met en ligne 57 courts-métrages (dont des chefs-d’œuvre)

Lu sur le site « Les Inroks »

A l’occasion de la 1000ème émission de Court-Circuit, 57 courts-métrages sont à voir ou à revoir sur arte.tv : du Jane Campion, Arnaud Desplechin, mais aussi le film qui a fait découvrir Poggi & Vinel et deux pépites de l’animation française contemporaine.

Décidément, Arte fait tout pour nous plaire et nous redonner le moral en ces temps moroses. Parmi les 57 courts ou moyens métrages mis en ligne pour le Court-Circuit n°1000, on trouve vraiment du très bon. On conseille notamment Peel, exercice de discipline (1986), le film de fin d’études de Jane Campion qui lui a permis de remporter une première Palme d’or (du court-métrage) avant La Leçon de piano en 1993. Dès ses toutes premières œuvres, on reconnaît le style singulier de la cinéaste, son ambiance toujours un peu malaisante au sein du cocon familial, son ton féministe, très généreux en émotions, en figures de style, cadres étranges et jeux de couleurs. 

Mais on peut aussi voir ou revoir l’excellent moyen métrage d’Arnaud Desplechin, La Vie des morts (1991), qui marque la première collaboration du cinéaste avec son actrice fétiche, Emmanuelle Devos. Ou bien Tant qu’il nous reste des fusils à pompe (2014) du jeune duo de cinéastes à la mode Caroline Poggi et Jonathan Vinel (Jessica Forever). Et encore Ce vieux rêve qui bouge (2001) d’Alain Guiraudie, qui annonçait ses grands films à venir, L’Inconnu du lac (2013) et Rester vertical (2016).

Deux films d’animation (pour les adultes) en or

Côté animation, nous ne saurons que trop conseiller ces deux pépites made in France : Pépé le morse (2017) de Lucrèce Andreae et Le repas dominical (2015) de Céline Devaux, avec entre autres la voix de Vincent Macaigne. Ils ont tous deux remporté le César du meilleur court d’animation à l’époque de leur sortie

HENRI – Des films rares de la Cinémathèque française à voir en ligne

A Territoires et Cinéma nous aurions aimé laisser cet article dans nos archives …

Sobrement intitulée « Henri », pour Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque, cette mise en ligne d’une infime partie de la collection de la Cinémathèque, celle dont elle possède les droits de diffusion, répond bien sûr à un contexte très particulier, l’épidémie de Covid-19 et le confinement, mais aussi à la volonté de diffuser le plus largement possible quelques pépites méconnues du patrimoine cinématographique.

Tous les soirs, à 20h30 et à cette adresse, la Cinémathèque Française propose un film parmi ceux qu’elle a restauré au cours des vingt dernières années. Le site s’enrichira ainsi quotidiennement de merveilles, souvent rares, voire inédites, qui resteront disponibles jusqu’au retour des beaux jours, quand nos salles pourront rouvrir.

Henri : c’est là !

La région Nouvelle- Aquitaine aide les cinémas Art et Essai

Mesure de relance en faveur des cinémas Art et Essai.

La crise sanitaire a touché de plein fouet l’exploitation cinématographique. Dans le cadre de son plan de relance la Région Nouvelle Aquitaine a mis en place une aide de  près d’un million d’euro visant à soutenir la petite et moyenne exploitation régionale qui travaille à la promotion et à la diffusion du cinéma art et essai

Et si les autres régions faisaient pareil…