Archives pour la catégorie « L’ombre d’un doute »

L’année dernière à Marienbad

Parmi les œuvres cinématographiques d’Alain Resnais, ce huis-clos, qui  fait actuellement l’objet d’une ressortie en salles, occupe une place à part dans la carrière de cinéaste qui signe ici son film le plus hermétique.
L’influence au scénario du romancier et futur metteur en scène Alain Robbe-Grillet n’a pas aidé à la fluidité du récit. L’histoire se résume à peu de choses. Lors d’une soirée mondaine donnée dans un château, un homme du monde courtise la maîtresse des lieux, certain de l’avoir déjà séduite plus tôt.
D’un point de vue purement technique, ce film atteint par moments
des sommets de virtuosité et certains plans, notamment ceux des extérieurs du château, impriment de façon durable la rétine.
Mais tout aussi esthétisant soit-il, L’année dernière à Marienbad a toujours divisé la critique : envoûtant et cérébral pour les uns et ennuyeux et prétentieux pour les autres. La perception de ce film, un peu hors du temps, est donc liée au fait que l’on accepte ou pas le postulat de départ.
Nombreux sont les éléments qui peuvent toutefois décourager le spectateur, qu’il s’agisse de l’orgue déchaîné qui accompagne des mouvements de caméra un peu vains, des scènes de rencontre répétitives avec la voix off du personnage principal (Giorgio Albertazzi) particulièrement crispante. Les dialogues pesants et artificiels et le jeu glacé et détaché des comédiens (Giorgio Albertazzi et Delphine Seyrig) n’arrangent rien.
Malgré tout, on peut toutefois reconnaître à Alain Resnais un goût pour réinventer les codes narratifs du cinéma, mais force est de reconnaître également que cet exercice de style d’une grande froideur ne s’est pas franchement bonifié avec le temps et ce malgré le fait que 1961 soit une année de grands crus !
Michel Senna

« The lost city of Z »

James Gray semble avoir tourné le dos au film « noir » qui avait fait son succès et celui de Joaquin Phoenix, son acteur fétiche dont on regrette vivement l’absence dans ce dernier film. En dépit de sa mise en scène impeccable, The lost city of Z s’avère assez décevant. 
Il y avait pourtant dans l’histoire vraie de ce militaire, devenu malgré lui un explorateur en quête d’une civilisation disparue en Amérique du Sud,
un véritable potentiel mais la magie n’opère pas vraiment. 
Le film n’est ni lyrique, ni vraiment spectaculaire, ni contemplatif et s’avère un peu convenu durant certaines séquences avec piranhas et autres tribus sauvages lanceurs de flèches.
On suit poliment les moments clé de la vie de Percy Fawcett, ses affres familiales avec sa femme et ses enfants, sa participation à la Première Guerre Mondiale, sa blessure, mais tous ces allers-retours ne permettent pas de s’immerger véritablement dans ces contrées sauvages aux confins du Brésil. 
Sans doute l’interprétation un peu lisse de Charlie Hunnam et de Robert Pattison, et leurs accents « so british » un peu forcés, n’arrangent rien.
Reste quelques très bonnes séquences, notamment celles assez piquantes avec le charismatique Angus Macfadyen qui incarne un odieux personnage qu’on aime détester.   Michel Senna

Loving

Tous les personnages des films de Jeff Nichols, jeune prodigue du cinéma indépendant américain, cultivent le goût de la différence ou de la singularité, à l’image de son dernier film « Loving », inspirée d’une histoire vraie.
Le réalisateur relate le combat d’une femme noire et de son mari blanc, contraints à l’exil pour s’être mariés dans un État qui ne le permet pas. Aidés par l’administration Kennedy, ils feront valoir leurs droits à la cour Suprême et cette injustice, bientôt médiatisée, amènera à un changement décisif dans la Constitution qui autorisera le mariage interracial dans tout le pays. 
Dans un registre où la démonstration est souvent de mise, Jeff Nichols évite tous les écueils et signe une œuvre sereine, tendre et réaliste. Plus une belle et tendre histoire d’amour qu’un film à thèse, « Loving » film bénéficie d’une mise en scène d’un bien beau classicisme et d’une interprétation subtile de Joel Edgerton et de Ruth Negga qui incarne les deux amants qui vont rentrer, un peu malgré eux, dans l’histoire.