Archives pour la catégorie « L’ombre d’un doute »

J'accuse

Quelle bonne surprise que ce film historique qui surprend d’emblée par sa narration, son rythme et son point de vue. Le capitaine Alfred Dreyfus, accusé de trahison avec l’ennemi, jugé coupable et déporté, incarné par Louis Garrel, n’apparait que très peu. Le point de vue est celui de Picquart, un officier de l’armée qui, après avoir chargé Dreyfus, se rend compte de façon fortuite de son innocence. Ce dernier n’aura dès lors de cesse de faire éclater la vérité, honneur de l’armée oblige. Si le casting est très convaincant – Emmanuelle Seigner en maîtresse compatissante entraînée dans la tourmente, Matthieu Amalric en graphologue infatué, reconnaissons que Jean Dujardin, presque de tous les plans du film, incarne avec brio ce militaire un peu sec et franc-tireur qui se retrouve en danger, à vouloir faire triompher la vérité. Ajoutons à cela une mise en scène de Roman Polanski qui évite l’emphase et qui créé une atmosphère suffocante, avec un sens du détail qui demeure sa marque de fabrique. Sa reconstitution d’un Paris sombre, feutré et enfumé est au cordeau. N’étant pas un spécialiste de L’affaire Dreyfus, il me semble néanmoins que ce film didactique, même s’il doit prendre des raccourcis avec l’Histoire , parvient à capturer un état d’esprit où l’intolérance prédominait dans la société française. Le happy end final est également teinté d’amertume. Une fois réhabilité, Dreyfus continuera à être victime d’injustices quant à son avancement dans l’armée. « J’accuse » est une œuvre classique et rigoureuse qui, au-delà des polémiques, mérite amplement le détour. Michel Senna

Jean Dujardin et Louis Garrel dans J’accuse de Roman Polanski

Le Prix Louis-Delluc 2019 décerné à Jeanne de Bruno Dumont

Présenté au Festival de Cannes 2019 où il a reçu une Mention spéciale dans la section Un Certain Regard, Jeanne de Bruno Dumont a reçu ce lundi 10 décembre le Prix Louis-Delluc 2019. « Bruno Dumont a su mettre en images un magnifique texte de (Charles) Péguy. Il était déjà un grand cinéaste. Il entre cette fois-ci dans la famille du Delluc », a déclaré Gilles Jacob, le président du jury, en annonçant la nouvelle au Fouquet’s.

Jeanne était en lice face à sept films, parmi lesquels Grâce à Dieu de François Ozon, Synonymes de Nadav Lapid ou encore L’Adieu à la nuit d’André Téchiné. « Je suis très touché. Me voir ainsi associé à Louis Delluc est un honneur. Je suis un enfant du cinéma français et de ce cinéma-là, celui de mes maîtres, particulièrement », a confié Bruno Dumont joint par téléphone depuis l’Allemagne, où il est en tournage.

« Le regard de Charles » de Marc Di Domenico

Ce n’est pas une hagiographie musicale que vous découvrirez, c’est un objet filmique vraiment intéressant.

Montrer l’envie de Charles Aznavour de découvrir le monde, sa passion de la vie et l’envie rageuse d’y arriver, c’est le grand intérêt de ce montage. Rappelons que les commentaires lus par Romain Duris sont les propos même du chanteur. Plus extraordinaire est le fait même de l’existence de tous ces films personnels à vrai dire.

Un choix intelligent, images et textes, a été fait pour illustrer sa vie privée. Commentaires sincères et profonds sur ses vies de couples et sur ses enfants, images parfois comme des flash-back intérieurs, comme si les souvenirs s’affichaient directement de l’esprit à l’écran.

Mais le film ne se résume pas à cet aspect.

Charles Aznavour, d’ailleurs venu et ailleurs allé. Et les sujets filmés retiennent une attention sociétale, quasi politique même. Aznavour n’a de cesse de s’émerveiller marche à marche de sa propre ascension têtue, et parallèlement, de capturer par ses images des vies semblables à celle de ses parents. Mais en réalité il filme sa propre vie, celle de sa réussite, et la vie des autres qui aurait en fait été la sienne, celle qui lui était en fait destinée sans son talent et sa détermination.

« Dans le regard de Charles » est peut-être le dernier film engagé. Ce propos est trop fort, oui c’est vrai, mais ça m’est égal, c’est l’état esprit dans lequel je suis sortie de la salle, c’est mon avis…et je le partage donc !

Céline Recchia

Ad Astra

Je suis un terrien et j’aime le concret. Me projeter – voire me faire projeter- dans le futur ce n’est pas mon trip !
Brad Pitt est certes émouvant à la recherche de son papounet et/ou à la quête de l’infini et/ou à la recherche d’un autre monde. Pour ma part je trouve que ces thèmes sont mieux traités lorsque l’on est dans la « réalité réelle » ou quand l’on reste les pieds sur terre. Je ne me suis pas ennuyé mais vous l’aurez compris… je n’aime pas la science fiction.

« Jeanne », un film de B. Dumont – par Jean-Pierre Sueur, Sénateur du Loiret, ancien maire d’Orléans

Voici ce que Jean-Pierre Sueur publie sur son site :

Gloire soit rendue au Cinéma des Carmes qui est le seul à Orléans et dans le Loiret à programmer le très remarquable film de Bruno Dumont intitulé sobrement Jeanne !

On pourrait imaginer, ou rêver, qu’à Orléans, ville johannique s’il en est, chacun se presserait pour proposer ou admirer ce film sur un thème « rebattu », mais qui « supporte les traitements les plus différents sans l’affadir » comme l’écrit Jean-François Julliard dans Le Canard Enchaîné – journal rétif aux bondieuseries ! –, qui ajoute : « Souvent même, il élève ceux qui s’en emparent, de Dreyer à Rivette, en passant par Bresson et même Luc Besson ! La couleur bizarre et décalée que lui donne Bruno Dumont en fait d’autant mieux ressortir la grandeur déconcertante. »
Il ne faut pas rechercher dans ce film ni l’authenticité des décors, ni la reconstitution minutieuse et pittoresque du passé. Nous sommes dans les dunes du Nord. Il y a de longs temps de méditation et d’attente, rythmée par une musique douce, lancinante, étrange.

Et il y a, plus réelle que la réalité même, la force du procès de Jeanne, qui se déroule dans l’admirable cathédrale d’Amiens, somptueusement filmée, avec ses juges caricaturaux plus vrais que vrais, et Jeanne, jouée par une comédienne de onze ans, Lise Leplat Prudhomme qui, toute seule, toute droite, inflexible, offre une image sublime du droit et de la justice – une image qui transcende toutes les bassesses.

Jean-Pierre Sueur

IL ETAIT UNE FOIS A HOLLYWOOD

Certainement le film le plus personnel de Quentin Tarantino qui nous propose un voyage en 1969. Aucune faute de goût dans la reconstitution assez bluffante et très référencée. Le duo Brad Pitt / Leonardo Di Caprio (le premier étant la doublure d’un acteur de films de genre sur le déclin) fonctionne très bien, dommage simplement qu’on ne les voient jamais « travailler » ensemble. Tarantino rend aussi hommage au spectateur qu’il a été, à travers les yeux de Sharon Tate, qui découvre son petit succès dans une salle de cinéma. Certes le film est un peu long mais il y a un bon casting et beaucoup de matière et quelques scènes très fortes dont l’arrivée de Brad Pitt dans le ranch tenu par la secte de hippies ou celle dans laquelle Di Caprio confie son désarroi à sa très jeune partenaire. Le final a pu en surprendre plus d’un mais on y reconnait la signature d’un metteur en scène habile qui se joue de l’histoire avec un grand H. Car Il était une fois à Hollywood célèbre avant tout « la manière de faire » d’un metteur en scène qui revisite le cinéma de genre et le western italien en particulier. Aucune nostalgie mais plutôt une sorte de relecture du passé , très bien mise en scène et savamment orchestrée par une BO très pointue et immersive. Michel Senna

« Parasite » de Bong Joon Ho

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire à la mords moi ! »…tel est le commentaire entendu dans la salle à la fin du film ! Certes je ne partage pas cet avis, mais pourtant…

Drôle, le film l’est certainement, sur fond de critique sociale, qui justifie l’action de chacun des protagonistes d’ailleurs. Si l’ensemble et intelligemment ficelé, avec des acteurs au jeu humain plausible, un certain grotesque vraiment plaisant dans la première partie décrédibilise malgré tout la situation dramatique finale. A mon sens, la bascule entre réalité et extravagance ne se fait pas aussi bien que dans « Pulp Fiction », autre Palme d’or.

Car finalement c’est à se demander si le film ne souffre pas plus de la Palme que d’autre chose. Car on passe un très bon moment, avec ce film emmené, amusant et prenant, mais dont on ne peut pas s’empêcher de se demander tout au long, si, malgré une réalisation brillante, il était normal qu’il est enlevé le trophée…

Mais ne vous découragez-pas avec ce genre de considérations, et découvrez-le, cela ne reste que mon avis et à l’entendre, ce n’était pas l’avis de toute la salle !

Céline Recchia