Archives pour la catégorie « L’ombre d’un doute »

Au revoir là haut

Albert Dupontel a passé un nouveau cap en adaptant un roman passionnant de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013. L’acteur se met à nouveau en scène dans ce mélodrame, visuellement très inventif qui rend un hommage assumé évident aussi bien au cinéma de Kubrick qu’à celui de Chaplin et Keaton.

Jouant davantage sur la corde poétique et sensible, que sur l’humour trash ou les situations surréalistes, le film bénéficie en outre d’un superbe travail sur la couleur et de la présence au casting de Niels Arestrup, dans un rôle émouvant taillé sur mesure et de Laurent Lafitte dans celui d’un pur salopard que l’on aime détester.
En dépit de quelques trucages en 3d un peu inutiles et quelques personnages secondaires moins convaincants, Au revoir là-haut propose une belle immersion dans le Paris bouillonnant de l’après Première Guerre.

Michel Senna

« The lost city of Z »

James Gray semble avoir tourné le dos au film « noir » qui avait fait son succès et celui de Joaquin Phoenix, son acteur fétiche dont on regrette vivement l’absence dans ce dernier film. En dépit de sa mise en scène impeccable, The lost city of Z s’avère assez décevant. 
Il y avait pourtant dans l’histoire vraie de ce militaire, devenu malgré lui un explorateur en quête d’une civilisation disparue en Amérique du Sud,
un véritable potentiel mais la magie n’opère pas vraiment. 
Le film n’est ni lyrique, ni vraiment spectaculaire, ni contemplatif et s’avère un peu convenu durant certaines séquences avec piranhas et autres tribus sauvages lanceurs de flèches.
On suit poliment les moments clé de la vie de Percy Fawcett, ses affres familiales avec sa femme et ses enfants, sa participation à la Première Guerre Mondiale, sa blessure, mais tous ces allers-retours ne permettent pas de s’immerger véritablement dans ces contrées sauvages aux confins du Brésil. 
Sans doute l’interprétation un peu lisse de Charlie Hunnam et de Robert Pattison, et leurs accents « so british » un peu forcés, n’arrangent rien.
Reste quelques très bonnes séquences, notamment celles assez piquantes avec le charismatique Angus Macfadyen qui incarne un odieux personnage qu’on aime détester.   Michel Senna

Loving

Tous les personnages des films de Jeff Nichols, jeune prodigue du cinéma indépendant américain, cultivent le goût de la différence ou de la singularité, à l’image de son dernier film « Loving », inspirée d’une histoire vraie.
Le réalisateur relate le combat d’une femme noire et de son mari blanc, contraints à l’exil pour s’être mariés dans un État qui ne le permet pas. Aidés par l’administration Kennedy, ils feront valoir leurs droits à la cour Suprême et cette injustice, bientôt médiatisée, amènera à un changement décisif dans la Constitution qui autorisera le mariage interracial dans tout le pays. 
Dans un registre où la démonstration est souvent de mise, Jeff Nichols évite tous les écueils et signe une œuvre sereine, tendre et réaliste. Plus une belle et tendre histoire d’amour qu’un film à thèse, « Loving » film bénéficie d’une mise en scène d’un bien beau classicisme et d’une interprétation subtile de Joel Edgerton et de Ruth Negga qui incarne les deux amants qui vont rentrer, un peu malgré eux, dans l’histoire.