Archives pour la catégorie « L’ombre d’un doute »

L’homme qui tua Don Quichotte


Le dernier film de Terry Gilliam porte assurément sa griffe et c’est finalement ça le plus important. Car peu importe si ce projet qui l’a accompagné durant des longues années, et qui a subi bien des avatars, était à la hauteur des espérances.
Car bien que trop long et un peu boursouflé, le film ne manque pas d’énergie bouillonnante et de créativité. On pense surtout à Fisher King pour la partie folie douce et rédemption et au Baron de Munchausen dont le pseudo Don Quichotte semble un lointain parent. La mise en scène est dynamique et le réalisateur a tiré un beau parti des décors naturels d’une Espagne aride.
Comme souvent chez Gilliam, on oscille, dans cette fuite effrénée, entre le rêve éveillé et la réalité, à travers les yeux d’un réalisateur désabusé, interprété par Adam Driver, qui a mis son idéalisme de côté et se retrouve confronté à des situations de plus en plus anormales, au fin fond de l’Espagne. Le réalisateur en profite pour régler quelques comptes personnels avec le monde « maffieux » du cinéma.
Dommage que l’alchimie entre les deux comédiens ne prenne que partiellement. Autant Jonathan Pryce (Brazil), dans son rôle de pseudo Don Quichotte, s’avère truculent, touchant et subtil, autant Adam Driver, moins expérimenté, joue l’ahurissement sur un mode un peu répétitif.
Reste un film foisonnant et inégal mais toujours captivant car la plupart du temps imprévisible. Ce n’est pas si mal à une époque de grand formatage !
Michel Senna

« The lost city of Z »

James Gray semble avoir tourné le dos au film « noir » qui avait fait son succès et celui de Joaquin Phoenix, son acteur fétiche dont on regrette vivement l’absence dans ce dernier film. En dépit de sa mise en scène impeccable, The lost city of Z s’avère assez décevant. 
Il y avait pourtant dans l’histoire vraie de ce militaire, devenu malgré lui un explorateur en quête d’une civilisation disparue en Amérique du Sud,
un véritable potentiel mais la magie n’opère pas vraiment. 
Le film n’est ni lyrique, ni vraiment spectaculaire, ni contemplatif et s’avère un peu convenu durant certaines séquences avec piranhas et autres tribus sauvages lanceurs de flèches.
On suit poliment les moments clé de la vie de Percy Fawcett, ses affres familiales avec sa femme et ses enfants, sa participation à la Première Guerre Mondiale, sa blessure, mais tous ces allers-retours ne permettent pas de s’immerger véritablement dans ces contrées sauvages aux confins du Brésil. 
Sans doute l’interprétation un peu lisse de Charlie Hunnam et de Robert Pattison, et leurs accents « so british » un peu forcés, n’arrangent rien.
Reste quelques très bonnes séquences, notamment celles assez piquantes avec le charismatique Angus Macfadyen qui incarne un odieux personnage qu’on aime détester.   Michel Senna

Loving

Tous les personnages des films de Jeff Nichols, jeune prodigue du cinéma indépendant américain, cultivent le goût de la différence ou de la singularité, à l’image de son dernier film « Loving », inspirée d’une histoire vraie.
Le réalisateur relate le combat d’une femme noire et de son mari blanc, contraints à l’exil pour s’être mariés dans un État qui ne le permet pas. Aidés par l’administration Kennedy, ils feront valoir leurs droits à la cour Suprême et cette injustice, bientôt médiatisée, amènera à un changement décisif dans la Constitution qui autorisera le mariage interracial dans tout le pays. 
Dans un registre où la démonstration est souvent de mise, Jeff Nichols évite tous les écueils et signe une œuvre sereine, tendre et réaliste. Plus une belle et tendre histoire d’amour qu’un film à thèse, « Loving » film bénéficie d’une mise en scène d’un bien beau classicisme et d’une interprétation subtile de Joel Edgerton et de Ruth Negga qui incarne les deux amants qui vont rentrer, un peu malgré eux, dans l’histoire.