« Les Grands Voisins, la citée rêvée » avant première en e-cinéma

Les grands voisins, la cité rêvée

Le film aurait dû sortir sur les écrans le mercredi 1er avril. Faute de pouvoir le faire,
La Vingt-Cinquième Heure, son distributeur, s’est arrangé pour qu’il sorte quand même et que le réalisateur rencontre le public avec un « tchat ».
Et ce, grâce à un dispositif innovant : une plateforme de diffusion géolocalisée de films en e-cinéma. On a juste à se connecter à cette plateforme, à choisir son cinéma (et donc à se localiser) et à payer son billet pour assister à la projection. Ce distributeur partage les recettes avec les exploitants participants à l’opération.

« Ce documentaire a été tourné dans un éco-quartier installé dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris. Les Grands Voisins est un lieu alternatif accueillant à la fois des personnes en situation de vulnérabilité, ainsi que des associations, start-up, artisans et artistes. Il est situé entre le boulevard Port-Royal et la place Denfert-Rochereau, dans le 14e arrondissement. « Ce film véhicule un message d’espoir et des valeurs de solidarité, de résilience et de créativité qu’il nous apparaît impératif de partager aujourd’hui »  précise le distributeur.

 La plateforme de la 25e heure
La bande annonce du film

Les cinémas participants :
Granville (Le sélect)
Grenoble (Le Club)
Marseille  ( L’Alhambra)
Orléans (Les Carmes)
Paris (L’entrepôt)
Paris (Le Luminor)
Pau (Le Méliès)
Redon (Cinémanivel)
Valence (Lux)

« Le Chat » de P. Granier-Deferre : une adaptation radiophonique

le chat

« Le Chat »
Dans le cadre de la collection d’adaptations radiophoniques d’œuvres de Simenon
par France Culture et la Comédie-Française

Ce que nous avons en mémoire, c’est plutôt l’histoire du film de Pierre Granier-Deferre : un couple dont la femme, ancienne trapéziste de cirque blessée après une chute a mis fin à sa carrière. Couple sans enfants, il se déchire froidement, car lui, soupçonnant sa femme d’avoir empoisonné son chat, ne lui adresse plus la parole.

Jean de Baroncelli écrivait dans Le Monde du 05 mai 1971 à propos du film : « Pierre Granier-Deferre et Pascal Jardin ont apporté quelques modifications à la psychologie des personnages de Simenon. Ils les ont rendus plus pitoyables et moins odieux. Des vieillards mesquins et querelleurs imaginés par le romancier, ils ont fait des naufragés de l’amour, embarqués sur le même radeau, rivés au même destin dans la même tempête. »

Vous découvrirez une autre approche dans l’adaptation radiophonique du roman de Georges Simenon par Pierre Assouline.

Ici, ses origines à elle sont bien plus aisées, marquant une distance de plus entre elle et son deuxième mari ouvrier, son physique décrit n’est pas du tout le physique de Simone Signoret, ce qui trouble notre imaginaire, et en effet, la cruauté et la détestation empoisonne goutte à goutte l’atmosphère.

Mais voilà malgré tout une heure à passer en bonne compagnie !

Le Mans, le Nord, Conan => connexions improbables. Et pourtant…

cr

Au cinéma Les Cinéastes au Mans, s’est déroulé cette année le FesCh’tival , à l’initiative de l’association Ch’tis en Maine, dont le thème cette année était «Le Nord c’est géant», consacrant donc les grandes figures du Nord. Début mars j’ai assisté à la séance dédiée à l’un des géants du Nord, à savoir Pierre Mauroy !

Hier soir, au gré des recherches internet tardives, j’ai découvert le site Littérature audio «qui a pour objet de faciliter l’accès de tous et en particulier des non-voyants et malvoyants aux joies de la littérature». Parmi les œuvres enregistrées proposées je trouve cette proposition : Robert Ervin HOWARD « Les Dieux Du Nord » !
Qu’à cela ne tienne ! C’est géant ! Et c’est cocasse…car c’est ainsi que j’ai découvert l’origine littéraire de Conan le Barbare… ! Je n’ai jamais vu le film, je ne sais pas si j’ai vraiment envie de le découvrir, mais il est intéressant de découvrir l’auteur, car, ce que j’ignorai totalement vous l’avez compris, il est considéré au même plan que Tolkien ou Lovecraft.
Comme quoi, toutes les routes mènent au cinéma !

(mais par ailleurs, Le Mans est aussi le lieu d’une figure locale de l’exploitation cinématographique et de Territoires et Cinéma, profitons de ce papier pour lui rendre hommage, il s’agit de Jean-Louis Manceau, aujourd’hui disparu)

le site : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/howard-robert-ervin-les-dieux-du-nord.html

Confinés : « On s’fait une toile ? »

la salleLes cinémas indépendants -tel le cinéma Les Carmes d’Orléans- proposent en partenariat avec LA TOILE, de (re)-découvrir sur n’importe quel terminal (ordinateur, tablette, voire même téléphone…🖥📲) une sélection de films liés à la programmation de son cinéma.

Notez bien que LA TOILE est la seule plate-forme qui rémunère les cinémas.

Les cinémas participants
L’ensemble des films proposés
et par exemple : la sélection du cinéma Les Carmes

 

Confinés : On s’fait une toile ?

bref

À l’heure de ce confinement général obligé, « Bref le meilleur du court métrage » pense aussi aux plus jeunes, particulièrement susceptibles de tourner comme des lionceaux en cage alors qu’un éclatant soleil brille à l’extérieur.
Mais comme le seul mot d’ordre qui vaille est de surtout rester chez soi, ce site propose spécialement, à l’attention des enfants comme des plus grands, de visionner en totale gratuité, pour les 2 ) semaines qui viennent, 6 courts métrages des plus variés.
Avec de l’animation, du burlesque et de la musique, mais aussi des documents pédagogiques à télécharger, comprenant même des pistes d’ateliers pratiques.

 

La vie en gris et rose – Takeshi Kitano

La Vie en gris et rose Poche.indd

L’enfance du réalisateur Takeshi KITANO, fils d’un peintre en bâtiment.
Quelques mots avant de vous laisser découvrir la présentation du livre sur le site de l’éditeur, et le très intéressant article du Monde mis en ligne sur le même site à propos de l’exposition « Gosse de peintre » qui s’est tenue à la Fondation Cartier en 2010.
Ce petit livre dépeint la pauvreté et la misère sociale qui fut celle de sa famille, entremêlée de volonté et de résignation. Les plus pauvres qu’eux, qui constituent une curiosité aux yeux d’un enfant, la place que l’on a du mal à trouver parce qu’à la fois honteux de sa condition et peu conscient de la réalité des barrières sociales, et toujours, quoi qu’il advienne les émerveillements de l’enfance, libellules et demoiselles, paires de ski improvisée en bambou, et dans la rue les petits spectacles du montreur d’images, montreur d’images que deviendra en quelque sorte, et pour notre chance Takeshi Kitano.

Haute Société –  Charles Walters (1956) vu par Michel Senna 

Le confinement amène parfois à entreprendre des choses que l’on ne pensait jamais faire comme regarder « Haute société » de Charles Walters que je m’étais toujours refuser de voir de peur de m’ennuyer furieusement avec un film très formaté et de surcroît chanté, ce qui est loin de me ravir.

Force est de constater que ce remake très coloré d’Indiscrétions excellente comédie de mœurs de George Cukor qui réunissait en 1940 Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart, n’est pas exactement le film soporifique que j’avais imaginé.

Le mérite en revient à son héroïne Grace Kelly dans un rôle assez troublant par rapport à sa propre vie. La comédienne avait déjà montré ses talents d’actrice chez Hitchcock, Zinnemann ou encore sous la direction de George Seaton pour lequel elle surprenait dans Une fille de la province, en épouse protectrice et un peu négligée empêchant, malgré elle, son mari alcoolique (Bing Crosby), de renouer avec le succès à Broadway. Un rôle qui lui valut un Oscar en 1954.

Grace Kelly succède donc à Katharine Hepburn dans le rôle d’une femme du monde – Tracy Lord – au cœur soit disant froid comme de la pierre, qui s’apprête à se marier avec un homme d’affaires ennuyeux et strict. Heureusement, son ancien mari (encore Bing Crosby), qui sait profiter de la vie, saura la reconquérir, après qu’elle ait flirtée, l’alcool aidant, avec un reporter sympathique et blasé (Frank Sinatra). Ce dernier se rendra lui-même compte de son attachement pour sa collègue et amie journaliste (Céleste Holm).

Tout est bien qui finit bien sauf pour l’antipathique prétendant, dindon de la farce renvoyé dans ses 22.

Et c’est là que le film est assez singulier car le comédien (John Lund) héritant de ce rôle un peu ingrat ressemble avec sa petite moustache au Prince Rainier que Grace Kelly s’apprête à épouser après ce tournage. Et bien dans Haute Société, il se passe exactement le contraire. Elle ouvre les yeux sur ce que risque d’être son mariage et refuse d’être la gentille épouse, bien élevée et attentionnée d’un mari un peu suffisant, jaloux et autoritaire.

Ajoutons à cela qu’elle conduit très vite dans une décapotable (ce qu’elle faisait dans La main au collet), comme attirée par la vitesse et par un destin inexorable sur des routes sinueuses.
Toujours est-il que pour sa dernière apparition au cinéma, Grace Kelly se lâche davantage, son rôle le permettant, et compose un personnage tour à tour cynique, drôle, revêche et mélancolique. Sa beauté n’en est que plus rayonnante, notamment dans la longue séquence autour de la piscine.

Comédie musicale oblige, Louis Armstrong invité à la noce, nous régale de sa présence ouvre et ferme généreusement le film. Son duo avec Bing Crosby est également un bon moment, ainsi que les autres chansons, y compris celles plutôt discrètes de Sinatra, qui ne ralentissent pas trop l’action. (Mais dont on n’aurait pu se passer quand même).


Bien que sans éclat dans sa mise en scène, Haute Société est plutôt plaisant et intéressant à voir en considérant que Grace Kelly y a peut-être – consciemment ou non – enterré une partie d’elle-même en plus de sa carrière de comédienne.

« Les trésors de Marcel Pagnol » de Fabien Béziat

« Les trésors de Marcel Pagnol »
Réalisation : Fabien Béziat
Replay TV5 Monde
par Céline Recchia

L’aventure tant industrielle qu’artistique de Marcel Pagnol dans le cinéma français
En deux mots : A VOIR !
En plus de mots : En préalable, je voudrais confesser que, bien que très attachée à l’univers de Pagnol, en particulier pour sa trilogie maintes et maintes fois revue à la télévision depuis mon enfance, je me faisais de lui une idée très en deçà de celle que le documentaire nous permet heureusement de découvrir.

Mais avant trop de compliments, quelques égratignures d’Henri Jeanson à propos de son ami Pagnol, dont il dit qu’ « il n’a qu’un défaut » : il aime trop ses amis. « Il ne supporte pas de les voir souffrir. Quand on est malheureux, quand on souffre, il disparaît. (…). Actuellement je suis très heureux, je me porte à merveille. Mais il y a deux ans que je ne l’ai pas vu. Il doit me croire au seuil de l’agonie ». Ambiance…Il rend hommage à sa plume subtile et classique, mais à propos de Marseille, Jeanson écrit : « Tous ses personnages sont de braves types. Ils appartiennent à un Marseille sans gangsters et sans politiciens. ».

On entend bien sûr le point de vue de Jeanson, mais, et revenons-en au documentaire qui constate que pour Pagnol c’est « un Marseille suspendu au bord du temps, comme ses bateaux miniatures qui voguent éternellement enfermés dans des bouteilles. Un Marseille immuable vu à travers les yeux d’un enfant. ».

Et l’on découvre un jeune homme talentueux et très ambitieux. Fondateur avec d’autres camarades de la revue « Les Cahiers du Sud », s’efforçant après la Première Guerre mondiale de développer ses talents d’inventeurs – il déposera « des dizaines de brevets » – il parvient, étant devenu enseignant, à se faire nommer à Paris où il deviendra professeur d’anglais au lycée Condorcet. A Paris, il entrevoie sa route. Son ami d’enfance Paul Nivoix y est critique littéraire, il lui permettra de pénétrer le milieu du théâtre et du music-hall, aide précieuse durant ces années de vache enragée.

J’avais comme beaucoup, une vision tronquée de Pagnol. Si je voyais bien la gravité pour l’époque des sujets abordés dans ses films, j’ignorais le culot dont il a fait preuve, par exemple avec son premier succès au théâtre, écrit avec Paul Nivoix, « Les Marchands de Gloire », « pièce qui éreinte l’hypocrisie des va-t-en guerre et de l’armée », et puis le retentissement de « Topaze », toujours au théâtre, et qui lui apportera la fortune. On apprend que « Topaze » fera l’objet de neuf adaptations au cinéma !

Ce que l’on ne mesure pas toujours non plus c’est l’importance primordiale que Pagnol a eu sur les carrière de Raimu et de Fernandel. Fernandel lui-même nous apprend que Pagnol a su résister à ceux qui lui déconseillaient de le faire tourner, au motif que Fernandel « avili tout ce qu’il touche »…! Ce choix de Fernandel, il a même dû le défendre face à Giono.

Et Pagnol a même résisté à Raimu lorsque celui-ci voulait le décourager absolument d’engager Pierre Fresnay, au motif qu’un Alsacien ne peut pas jouer un Marseillais avec un accent d’importation !

Je profite de cette anecdote pour vous signaler un entretien entre Bernard Blier et Philippe Bouvard, entretien où Bernard Blier cite brièvement cette divergence, mais qui vous fera découvrir la rencontre Blier-Raimu et bien d’autres anecdotes là aussi.Ce documentaire donne à voir l’audace de Pagnol en matière cinématographique.

L’audace tout d’abord de Pagnol lors de l’arrivée du cinéma parlant. Pagnol appui sur le caractère universel qu’avaient les films muets, cependant, prédisant un avenir certain au cinéma parlant, il se met à dos ses amis du théâtre comme ceux du cinéma. René Clair en témoigne : « Nous nous sommes insultés, nous n’avons pas arrêté ! », cela se faisant par voix de presse, car, dit-il encore : « J’ai toujours été incapable de discuter avec Marcel parce que dès que je le vois il me charme, alors j’abandonne toutes mes théories ! » (d’ailleurs Fernandel dit lui même « mais on ne se fâche pas avec Pagnol…avec Pagnol on est toujours ami ou on est toujours fâché ! »).

Preuve de l’avenir assuré du parlant, la construction en banlieue Est de Paris des studios de la Paramount, outils de production industrielle des films parlants. C’est la Paramount qui proposera à Pagnol l’adaptation à l’écran de « Marius ». Pagnol bataillera pour que les comédiens de la pièce soient ceux qui interpréteront le film. La production cède mais impose le réalisateur qui sera Alexandre Korda. Preuve de cette force de frappe industrielle, on rappelle que les trois versions tournées en simultanées par trois équipes : la version française, la version suédoise, et la version allemande, chose classique – courante – à l’époque pour les grands studios.

Mais Alexandre Korda n’ayant en fait jamais tourné de film parlant, il propose à Pagnol de partager le travail, lui s’occupant de la photographie, et Pagnol des acteurs. Ainsi furent faits les premiers pas de Pagnol au cinéma.

Pagnol peaufine sa connaissance du cinéma dans tous ses aspects. Et fort du succès public reçu par « Marius », et pour lequel il avait avantageusement négocié avec la Paramount, il lance sa société « Les films Marcel Pagnol ».

Au fur et à mesure du temps : il crée une revue de cinéma « Les cahiers du Film » pour répondre à ses détracteurs sur sa soit-disant méconnaissance du cinéma, revue traitant également de techniques cinématographiques, fonde ses studios, sans parler de la création d’agences de distribution.

Le documentaire donne à voir une véritable aventure cinématographique, pas toujours heureuse certes, mais il faut reconnaître à Pagnol le flair pour les acteurs donc, un travail titanesque – par exemple lorsque, avec son équipe il entreprend de façonner le mont du terrain situé sur les 90 hectares achetés dans le Vallon de Marcellin pour les tournages d’« Angèle » et de « Regain », par exemple lorsqu’ils construisent « en dur » un village entier, qui plus est, en ruine… Rosselini aurait dit à Pagnol qu’il aurait inventé le néo-réalisme italien avec le film « Joffroy », qui donnera envie à Rosselini de faire du cinéma. Il a quand même quelques alliés dans le métiers, et pas des moindre, et notamment outre Atlantique, quand la profession en France l’étrille avec pugnacité : «une caméra placée dans le trou du souffleur », « du théâtre en conserve », etc…

L’audace, jusqu’au projet fou des 40 hectares du domaine de la Buzine, domaine étroitement lié à son enfance, et racheté pour y installer la Cité du cinéma, pour en « faire un véritable Hollywood en Provence ». Mais la seconde Guerre Mondiale ne permettra pas l’aboutissement du projet. Pagnol peut enclin aux arrangements avec l’occupant détruit son dernier film d’alors « La Prière aux étoiles » lorsque les autorités de l’époque exige de lui que son film entre dans le système cinématographique passé sous le giron allemand. On apprend qu’il vend l’ensemble de ses studios à la Gaumont lorsque ces mêmes autorités lui font comprendre qu’il ne pourra pas continuer de façon indépendante. Et puis, il sera l’un des premier à utiliser le procédé français Rouxcolor, dans un film plus que…surprenant… surtout à la suite de son entrée à l’Académie Française… une adaptation de « La Belle Meunière » avec Tino Rossi… !