Archives pour la catégorie « L’ombre d’un doute »

15h17 pour Paris

-Clint Eastwood poursuit obstinément sa quête du héros américain moyen et signe avec ce 15h17 pour Paris, son film le plus raté.
Ça me chagrine de le dire, mais Il n’y a absolument rien à sauver dans ce long-métrage ennuyeux en diable et, chose plus étonnante, fort mal réalisé.
Le réalisateur s’intéresse moins au fait divers survenu dans le Thalys, expédié en quelques minutes à la fin, qu’au passé de ces trois américains très très très ordinaires. L’idée de faire jouer les vrais acteurs de ce drame pouvait paraître noble, mais les trois jeunes héros qui s’efforcent de paraître naturels, paraissent surtout très limités dans leur jeu et leur psychologie. De vraies coquilles vides qui savent surtout descendre de la bière et faire des selfies. Après l’épisode scolaire sans intérêt, et quelques scènes au mysticisme douteux, Clint nous sert un tour d’Europe indigeste en passant par Rome et Berlin. Les trois jeunes gens y font des rencontres sans intérêt qui n’amènent strictement à rien sur le plan scénaristique.
A moins de réaliser un suspense un peu putassier autour de cet attentat déjoué, de toute évidence, il n’y avait, là, rien à raconter.
Force est de reconnaître, qu’étant un inconditionnel de Clint depuis toujours, je suis moins client de ses dernières réalisations qui puisent leur inspiration dans des évènements réels plus ou moins tragiques.
Mais, si son dernier film Sully était fort bien fait, cette fois, on se croirait plutôt dans un docu-fiction rejoué pour une chaine TV à sensation.
Clint, si tu m’entends… »Make my day » again please !
Michel Senna

La ciociara

Présenté dans sa version restaurée, ce superbe mélodrame montagnard, réalisé avec soin par Vittorio de Sica en 1960,, marque le grand retour de Sophia Loren en Italie après un passage à Hollywood. Le jeu généreux et la beauté rayonnante de la comédienne éclate dans ce film où elle incarne une jeune veuve, bouillonnante et italienne à 100%, fuyant avec sa fille adolescente, les bombardements pour retourner dans son village natal, a priori épargné par le conflit.
Amer, nostalgique et brutal, ce film montre que, dans un contexte de guerre et de débâcle, le drame peut surgir de toute part et que les civils, qu’ils soient idéalistes (le rôle du jeune Jean Paul Belmondo) ou neutres, peuvent en payer fort le prix.

Michel Senna

« L’échappée belle »

L’échappée belle :

Un road movie « senior » qui évite assez bien les écueils lié à son sujet mélodramatique. Une femme retraitée, atteinte d’un mal incurable, emmène son mari, souffrant d’alzheimer, dans un voyage sans retour, à bord de leur vieux camping car.
Classique dans sa forme, le film est réalisé avec beaucoup de soin par Paolo Virzi qui dirige parfaitement ses deux comédiens éblouissants : Helen Mirren, en épouse aimante, protectrice et admiratrice de son mari et Donald Sutherland en ancien professeur de lettres, passionné d’Hemingway. Les deux sont tour à tour drôles et touchants, et parfois un peu grotesques aussi. Ils sont aussi de purs produits d’une culture américaine, où le pire croise le meilleur. Les bonnes ou mauvaises rencontres qu’ils font sur la route sont assez symboliques. Par certains côtés, le film rappelle un peu le cinéma d’Hal Ashby (Harold et Maud)
Bref, une œuvre pleine de vie à la bande originale plutôt enlevée. Michel Senna

Tout l’argent du monde

L’adaptation d’un fait divers, un peu oublié, par Ridley Scott, est assez captivante, malgré des imperfections. Une fois n’est pas coutume, ce dernier a mis en scène cette sordide histoire de kidnapping de façon plutôt sobre et classique. Passons quand même sur la reconstitution qui manque de naturel (des costumes et des voitures qui semblent sortir du musée des années 60/70…) pour s’intéresser au propos et au personnage de Getty, un multi-milliardaire fier, avare, cupide impitoyable et manipulateur qui, sollicité par son ex-belle fille, refuse de payer la rançon aux ravisseurs qui ont enlevé son petit-fils en Italie. Déconnecté de la vie, l’homme du haut de sa tour d’ivoire, l’homme consulte son telex qui l’informe des cours du pétrole, dans le contexte tendu de la création de l’OPEP, et admire ses œuvres d’art uniques qui sont les seules choses qui parviennent à l’émouvoir.
Christopher Plummer accomplit là une prestation absolument époustouflante, d’autant plus méritante qu’il a dû rejouer dans l’urgence les scènes filmées avec Kevin Spacey, salement débarqué du projet, peu avant la sortie du film.
Mark Wahlberg est également très convaincant en homme de main obéissant jouant une partie serrée, et qui va se révéler à lui-même.
En revanche, Michelle Williams incarne de façon trop appliquée son rôle de mère combative, pour être vraiment émouvante. Et quelle idée étrange d’avoir engagé Romain Duris pour camper un voyou italien un peu crado qui va développer une relation ambiguë avec le jeune kidnappé. L’acteur fait pourtant de son mieux mais on a bien du mal à y croire. D’une manière générale, les scènes montrant les kidnappeurs s’avèrent les plus faiblardes, même si elles entretiennent le suspense.
Non sans certains poncifs sur l’Italie et trop long, mais c’est là le lot commun de tellement de films actuels, Tout l’argent du monde est un drame dont le nihilisme quasi absolu, porté ici par Getty-Plummer, a évidemment fasciné un réalisateur, dont l’œuvre, il est vrai, n’a jamais trop cherché à faire l’éloge du genre humain !

Michel Senna

« The lost city of Z »

James Gray semble avoir tourné le dos au film « noir » qui avait fait son succès et celui de Joaquin Phoenix, son acteur fétiche dont on regrette vivement l’absence dans ce dernier film. En dépit de sa mise en scène impeccable, The lost city of Z s’avère assez décevant. 
Il y avait pourtant dans l’histoire vraie de ce militaire, devenu malgré lui un explorateur en quête d’une civilisation disparue en Amérique du Sud,
un véritable potentiel mais la magie n’opère pas vraiment. 
Le film n’est ni lyrique, ni vraiment spectaculaire, ni contemplatif et s’avère un peu convenu durant certaines séquences avec piranhas et autres tribus sauvages lanceurs de flèches.
On suit poliment les moments clé de la vie de Percy Fawcett, ses affres familiales avec sa femme et ses enfants, sa participation à la Première Guerre Mondiale, sa blessure, mais tous ces allers-retours ne permettent pas de s’immerger véritablement dans ces contrées sauvages aux confins du Brésil. 
Sans doute l’interprétation un peu lisse de Charlie Hunnam et de Robert Pattison, et leurs accents « so british » un peu forcés, n’arrangent rien.
Reste quelques très bonnes séquences, notamment celles assez piquantes avec le charismatique Angus Macfadyen qui incarne un odieux personnage qu’on aime détester.   Michel Senna

Loving

Tous les personnages des films de Jeff Nichols, jeune prodigue du cinéma indépendant américain, cultivent le goût de la différence ou de la singularité, à l’image de son dernier film « Loving », inspirée d’une histoire vraie.
Le réalisateur relate le combat d’une femme noire et de son mari blanc, contraints à l’exil pour s’être mariés dans un État qui ne le permet pas. Aidés par l’administration Kennedy, ils feront valoir leurs droits à la cour Suprême et cette injustice, bientôt médiatisée, amènera à un changement décisif dans la Constitution qui autorisera le mariage interracial dans tout le pays. 
Dans un registre où la démonstration est souvent de mise, Jeff Nichols évite tous les écueils et signe une œuvre sereine, tendre et réaliste. Plus une belle et tendre histoire d’amour qu’un film à thèse, « Loving » film bénéficie d’une mise en scène d’un bien beau classicisme et d’une interprétation subtile de Joel Edgerton et de Ruth Negga qui incarne les deux amants qui vont rentrer, un peu malgré eux, dans l’histoire.