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Positif – Octobre 2017-

Dans le numéro d’Octobre :

Critique et entretien du film The Square de Ruben Östlund

Critique et entretien du film L’Atelier de Laurent Cantet

Critique et entretien du film Demain et tous les autres jours de Noémie Lvovsky

Martin Scorsese, Illuminations.

Une réflexion sur Une certaine tendance du cinéma américain.

Hommages à Jeanne Moreau et Jerry Lewis

Un retour sur le cinéma anglais avec notamment les films La Solitude du coureur de fond et Un Goût de miel de Tony Richardson.

 

Franck Vincent :
Interview posthume. Archétype du mafieux italien chez Scorsese et les Soprano, immortel Billy Batts des Affranchis, Franck Vincent s’était livré par téléphone au creux de l’été, avant de tirer sa dernière révérence le 13 septembre dernier…

Dominic West :
Hors Cadre. Derrière le bar de la Terrasse Mouton Cadet, perchée sur le toit du Palais des festivals de Cannes, un homme prépare un expresso. Geste sûr, chemise blanche, il ne s’agit pourtant pas d’un barman mais bien de Dominic West. Un paradoxe qui définit bien le Jimmy McNulty de The Wire, formé dans le plus prestigieux lycée privé du Royaume-Uni mais originaire de Sheffield.

Retour à Detroit :
Enquête. Pour leur nouveau film, la réalisatrice Kathryn Bigelow et le scénariste Mark Boal ont voulu raconter les émeutes raciales de 1967 qui ont embrasé la ville de Detroit et leur pic atteint dans la nuit du 25 juillet entre les murs de l’Algiers Motel. Forcément, une telle plongée dans la mémoire honteuse de l’Amérique est à manipuler avec la plus grande précaution…

Albert Dupontel, entretien :
Avec Au revoir là-haut, Dupontel signe sa première grosse fresque historique en racontant les tribulations de deux Poilus après la guerre. Albert assagi ? Si la forme change, l’acteur-cinéaste n’a pas fini de fustiger « les marchands » et les illustres « tueurs » de l’Histoire de France. Entretien débridé avec un homme qui parle plus vite que son ombre. Où il est question de Brexit culturel, de cascades sans filet et de bastons au nunchaku.

David Fincher :
Il a commencé dans les effets visuels pour ILM, a testé ses obsessions dans la pub et le clip pour les pop-stars des années MTV. Aujourd’hui, le natif du Colorado David Fincher a 55 ans et a réalisé pour le cinéma des choses aussi marquantes que Seven, Fight Club et The Social Network, et chapeauté le carton House of Cards. Ce mois-ci, c’est une nouvelle série pour Netflix (Mindhunter, retour aux tueurs en série) qui pourrait bien le rendre encore plus indispensable sur tous les écrans. Car Fincher a réussi son coup : devenir, chose assez rare, un réalisateur indépendant installé en plein cœur du système hollywoodien. Pourquoi et comment, il a bien voulu l’expliquer.

Ruben Östlund, portrait :
C’est un réalisateur qui cite les noms de Michael Haneke ou Luis Buñuel pour exposer son programme, mais ne crache pas sur les vidéos YouTube. C’est aussi un homme qui a fait ses armes en filmant les compétitions de ski. Aujourd’hui, Ruben Östlund, Suédois de 43 ans, a gagné la Palme d’or pour The Square. Un prix bizarre ramené à un projet de cinéma bizarre.

Hollywood Endings,reportage :
Ça se passe du côté de Mulholland Drive, pas loin des grands studios de cinéma. Depuis des décennies, la Motion Picture & Television Fund a pris le parti d’accompagner la fin de vie des acteurs, réalisateurs, scénaristes et membres de la grande famille du cinéma. Pour cela, une maison de retraite d’un genre assez unique a été construite. Reportage.

Jean-Louis Trintignant :
Quand on rembobine sa carrière d’acteur – qui s’étale sur plus de soixante ans et déroule presque 120 films – Jean-Louis Trintignant prend ses distances avec son statut de monstre sacré et lâche « un imposteur, j’en étais un ». Coquetterie ultime au moment où l’homme s’affiche dans le dernier Michael Haneke, Happy End, et s’organise une sortie de champ discrète ?

Bernard Lavilliers :
Celui qui reste un des plus dignes rockeurs français a préféré ne pas rejoindre le club des chanteurs d’ici qui s’offrent des crochets pas forcément heureux par le cinéma. Façon de prouver que sur grand écran comme sur une scène de concert, on ne la fait pas à l’envers à l’immense Nanard
Exploitation  Où est passé Jeannette ?

Reprises :
Du pain jusqu’à l’ivresse (Notre pain quotidien de King Vidor)
Les solitaires de Tony Richardson (La Solitude du coureur de fond, Samedi soir et dimanche matin, Un goût de miel)
Inédit :
Godard, commerçant et pirate (Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma)
Rétrospective :
Tourneur, french lover

Hommage :
Jerry Lewis
Grand bazar  par Florence Maillard
Le comique de notre génération  entretien avec André S. Labarthe – par Florence Maillard

 

Twin Peaks, saison 3
Dale Cooper, Reset  par Thierry Jousse
La promesse  par Jean-Philippe Tessé
Ce que l’amour fait  par Cyril Béghin
Le réveil  par Stéphane Delorme
Bad coupes  par Jean-Sébastien Chauvin

Primitif :  entretien avec Pierre Buffin, créateur des effets spéciaux

Énigmes  Où est Audrey ? – Qu’est-il arrivé à Sarah Palmer ? – Qui est Diane ? – Que symbolise le gant de Freddie ? – L’archive est-elle vivante ? – D’où vient la bête ? – Laura est-elle sauvée ? – Qui rêve ? – Et elle, c’est qui ? – Harry Dean Stanton (1926-2017)
Résumés  Épisodes 9-18
Générique  Le who’s who de la saison 3

Cahier critique :
L’Assemblée  de Mariana Otero – par Laura Tuillier
Les yeux de Marianne  entretien avec Mariana Otero – par Stéphane Delorme & Laura Tuillier
Sans adieu  de Christophe Agou – par Louis Séguin
Avec Christophe  entretien avec Pierre Vinour – par Stéphane Delorme
Va Toto !  de Pierre Creton – par Florence Maillard

Pour le réconfort  de Vincent Macaigne – par Joachim Lepastier

Filmer avec les acteurs  : entretien avec Vincent Macaigne et Pauline Lorillard – par Joachim Lepastier
Brooklyn Yiddish  de Joshua Z. Weinstein – par Ariel Schweitzer

Observer et apprendre :  entretien avec Joshua Z. Weinstein – par Ariel Schweitzer

Notes sur d’autres films :  L’Atelier (Laurent Cantet) – Confident Royal  (Stephen Frears) – Corps et âme  (Ildiko Enyedi) – Détroit  (Kathryn Bigelow) – Happy End (Michael Haneke) – Laissez bronzer les cadavres  (Hélène Cattet & Bruno Forzani) – Mother !  (Darren Aronofsky – Numéro Une  (Tonie Marshall) – Ouvrir la voix  (Amandine Gay) – The Square  (Ruben Östlund) – Le Sens de la fête  (Olivier Nakache & Éric Toledano) – Téhéran Tabou  (Ali Soozandeh) – Tous les rêves du monde  (Laurence Ferreira Barbosa)
Journal
Association  Lussas Global Village
Rencontre : Sana Na N’Hada : Naissance d’une nation

Les Rencontres de L’ARP : Dijon 12 au 14 Ocobre 2017

Pour consulter le programme : ici

77e Festival national de la FFCV

Le 77e Festival national 2017 a eu lieu au cinéma « Océanic » à Soulac-sur Mer du 28 septembre au 1er octobre 2017. Comme depuis plusieurs années déjà, les films ont été également diffusés en simultané sur MDL.TV.  Notre ami Michel Ferillot représentait, cette année, Territoires et Cinéma.

Dans leur dernière revue « L’Ecran » (septembre), nos amis de la FFCV ont consacré une partie de leurs pages  à nos rencontres de La Rochelle , qu’ils en soient ici encore une fois remercié.

Vous trouverez sur le site de la FFCV le palmarès du Festival 2017, ainsi qu’un lien pour (re)visionner cinq des films primés en 2016.

Accéder au site de la FFCV : ici

Mother

Le dernier film d’Aronofsky porte indéniablement la griffe du réalisateur, doué visuellement pour les univers un rien obsessionnels.
Dès les premières minutes, il installe le spectateur dans un climat étrange qui va rapidement devenir de plus en plus étouffant et malsain.

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Une jeune femme (Jennifer Lawrence qui ne semble qu’avoir qu’une seule expression durant tout le film) marié à un romancier en panne d’inspiration, (Javier Bardem) voit débarquer dans leur maison isolée, des intrus dont elle a bien du mal à se débarrasser, parmi lesquels un couple bizarre et trash, incarné impeccablement par Ed Harris et Michelle Pfeiffer.
Passé un certain point, les situations deviennent de plus en plus confuses et le réalisateur finit par nous perdre, à force de surenchère dans le  cauchemardesque.

Certes, on pense souvent au cinéma de Roman Polanski (Rosemary’s baby, le locataire) mais l’exercice hautement anxiogène et au symbolisme religieux très appuyé, finit par paraître aussi grandiloquent qu’un peu vain.

Michel Senna

 » Le documentaire, une fiction ? « 

Notre ami Jean-François Burgos nous fait l’amitié de publier sur note site une réflexion personnelle à partir du documentaire de Safaa Fathy intitulé : « D’ailleurs Derrida ».

A l’heure de la multiplication des images dans tous les espaces privés comme publics, où l’image ne connaît plus de format, la question, devenue plus large, des contenus reflétés par ces images apparaît être la source d’une indistinction généralisée.
Les films de fiction, les documentaires, les opéras, les événements de toute sorte viennent se bousculer sur les écrans de nos salles de cinéma. La ligne éditoriale d’un établissement, résultante d’une programmation, se révèle devenir un enjeu redoutable, dès lors que vient s’appliquer la proposition de l’offre de qualité pour les publics, dans une jungle foisonnante de nouveautés.
L’emploi du terme ‘’offre’’ implique le principe d’une émission et d’une réception de l’objet filmique pour atteindre les spectateurs. Se posent alors, de nos jours, avec la loi, toutes les implications des droits culturels en tant que droits humains. Ces droits ont pour finalité de sortir le spectateur de l’anonymat de la quantité, pour devenir une personne en tant qu’être singulier.
Il n’est point proposé, ici, d’explorer toutes les complexités de ce qui ressemble plus à un univers de possibles. Il est proposé de s’arrêter au documentaire. Et, dans cette « catégorie’’, de nous arrêter sur le témoignage d’un homme, spectateur, face à un documentaire dont il est lui-même le sujet, la personne.
Jacques Derrida fut le sujet d’un film de Safaa Fathy intitulé : « D’ailleurs Derrida ». Le Collège Iconique l’invita en 2002 pour une discussion après la projection de ce film.
Il fut mis en situation, après cette projection, de commenter le propos l’exposant à l’écran. Il devint, par cette situation, l’enjeu, en tant que sujet central, du documentaire et, en tant que regardant, le spectateur. De cette façon, se crée une sorte de situation continue, unique où l’émetteur se confond avec le récepteur. Alors qu’en tant que spectateur, nous sommes plus communément placés dans une relation discontinue dans notre rapport au film, puisque nous ne sommes pas dans le contenu du film.
Derrida, au fil de l’interview ayant fait l’objet d’un livre, nous livre ses réflexions, en ayant recours à des termes clés aux questions posées comme : « le moi, le film, les mots, la coupure, le sujet, la trace,… ». Sont livrés, ici, quelques développements.

Le « moi ».

Avec le ‘’moi’’, Derrida exprime, en premier lieu, un pardon. Il nous révèle une pudeur en tant que sujet projeté à l’écran, tout en étant parmi les Autres dans la salle. Ce qui implique en premier lieu, une impossibilité, pour lui, d’entrer en ‘’raisonnance’’ avec ce qui est montré à l’écran (diégétique).
De ce fait, il reste conscient d’être parmi les Autres, d’être dans la salle. Il se voit parler et, simultanément, instantanément, il s’interroge sur l’intérêt de parler de soi pour s’adresser à ‘’qui ?’’.
Derrida déclare un empêchement à atteindre une forme d’appropriation de l’objet projeté. Pire, il se sent étranger à lui-même. Il devient un « Autre » pour lui-même. Il en vient à réexaminer, du coup, l’exactitude de ce qu’il dit dans un autre temps, en un autre lieu pourtant présent par la projection. Il en arrive à exprimer une réserve de lui-même  (1).

Le « film ».

Le film documentaire devient le motif (en tant que forme) des griefs de Derrida. Il interroge nettement la dualité de la recherche d’un réel, face au basculement vers la fiction. Il convoque le terme de « circoncision »(2) comme étant la non réappropriation de l’idiome (3). Il propose l’idiome comme étant le contenant de ce qui fait la singularité de l’être. C’est un ‘’propre’’ qui doit apparaître pour chacun des Autres.
De ce fait, pour Derrida, sur l’écran et dans la salle, il se considère comme exproprié de la possible appropriation du film par les ‘’Autres’’. Il en vient à mettre en retrait le terme de documentaire en usant, quasi exclusivement, du terme de film. Il tire alors ce qui constitue le film vers une image qui donne à voir, qui parle pour elle-même, annihilant de ce fait toute possibilité de mimésis.

La « coupure ».

Même si Derrida peine à se reconnaître dans ce qu’il voit, il est moins dans une critique du film que
dans ce qui fait l’accès à l’apparition d’une réalité en tant que documentaire.
Avec la ‘’coupure’’, il constate l’inadéquation entre le geste et la parole. Cette inadéquation exprime
un autre motif qui dit quelque chose de ‘’secret’. Il fait le constat du bouleversement du temps. Il y a une parole qui devient plus vieille que lui et qui continue de parler comme une sorte de ligne parallèle à son propre rapport au temps. C’est, à cet endroit, qu’il situe ce possible ‘’secret’’ que l’interruption de la coupure révèle et interdit et qui, en toute fin, contredit.

Le « sujet ».

Du rapport intérieur/extérieur de l’objet film, Derrida bascule dans un autre point de vue. Il redevient spectateur toujours dual, en abordant la question du ‘’sujet’’. Il présente une critique du genre qui peut nous renvoyer à notre époque. C’est la banalisation du ‘’storytelling’’ ou la fabrication de séries renvoyant l’image très scénarisée du sociétal quotidien.
Derrida est très net et il stigmatise l’illusion de l’essentialisation du moi, en tant que recherche d’une identité comme nécessité, comme besoin. Il considère l’essentialisation comme porteuse du sens contraire à ce qu’elle tente de définir. Pour lui, le recours à l’essentialisation porte sur un objet qui ne peut l’être. Elle traduit une envie insatiable, interminable pour atteindre une identité jamais parfaitement cernée. Le tout est hors de portée.
En partant de sa propre exposition de lui-même, il ne peut que faire le constat de la dimension très parcellaire de lui-même, telle que restituée par le film. En considérant l’essentialisation comme la recherche d’un tout, il démontre qu’il ne peut exister de totalité, au moins le concernant.

La « trace ».

Bien entendu, Derrida nous conduit vers l’idée de la trace qui débute par une origine, comme le film. Mais qui, tout aussitôt, s’éloigne de l’origine pour devenir la trace séparée du tracement, de l’origine traçante. La trace devient un moyen, un vecteur permettant, autorisant le passage de l’objet ainsi arraché de son contenu pour devenir l’archive. Bien d’autres notions, tout aussi fondamentales, sont à trouver dans le témoignage de Derrida en tant qu’objet d’une expérimentation machiavélique montée par le Collège Iconique.
Il peut être retenu, à ce stade, qu’à partir de la pensée nue de Derrida, apparaît l’idée d’un secret. Il se glisse par des voies distinctes dans un film relatant des moments de vie dynamiques et pourtant figés en regard du temps passant. Le ‘’tout’’, ici peut-être le film documentaire, par les parties qui le composent, apporte une sorte de supplément, parfois indistinct de prime abord. Dans la logique des systèmes, que Derrida œuvre à décomposer pour mieux les comprendre, apparaît la forme entropique du secret. Il nous interroge, de fait, sur l’inévitable fiction présente dans un contenu se voulant le reflet de la réalité. Le documentaire se retrouve dans la situation de la flèche de Xénon, symbolisant le mouvement d’un trait qui va atteindre son but, mais où le moment d’atteinte du but visé peine à pouvoir être défini. Pour reprendre Thomas More, n’avons-nous pas là la définition de ce qui est, mais qui n’est nul part ?
Derrida nous propose de concevoir une réalité documentée comme étant toujours un éloignement lorsque l’on tente de se rapprocher d’elle.
A l’aulne de ces propos et de ce qui peut se jouer dans nos salle de cinéma, avons-nous à nous interroger, dans une ligne éditoriale de salle de cinéma, sur l’indistinction entre un film de fiction dit de cinéma et un film documentaire ?
Jean-François BURGOS

 

(1) Derrida déclare : « Je ne peux m’engager, mais sans me renier ».

(2) Circoncision : de circum : autour et cidere : couper ; au sens rhétorique c’est aussi réduire, supprimer et en français ancien (1235) purification du coeur, circoncision du coeur dans les Pensées de Pascal (1660).

(3) Idiome: du grec idiôma, idiômatos ; au sens de : propriété particulière et plus tardivement particularité de style.

A lire : Trace et archive, image et art. INA éditions ISBN : 978-2-86938-217-6

 

 

Petit Paysan

Petit paysan

Venant lui-même du monde agricole, Hubert Charuel, signe ce drame rural qui nous montre comment un éleveur de vaches laitières, confronté à une maladie bovine, essaie de retarder l’inévitable. 
Ce film naturaliste, plutôt brut sans sa forme, bénéficie d’une bonne interprétation de l’étonnant Swann Arlau, en jeune fermier asocial qui ne vit que pour ses vaches et à leur rythme. Une mention spéciale également pour Sara Giraudeau dans le rôle de la soeur vétérinaire assez froide, tiraillée entre son devoir et sa volonté d’aider son frère.
A mi-chemin entre le documentaire fermier et le thriller, ce premier film, certes bien mené, n’est cependant nullement transcendant. Sans doute le manque d’empathie pour ses personnages assez secs et la mise en scène peu audacieuse ne lui permettent de s’envoler vraiment.

Michel Senna