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THE GUILTY

Ce film danois de Gustave Möller fut assurément la meilleure surprise de l’été. L’histoire est celle d’un policier, solitaire et rustre, travaillant au central des urgences téléphoniques. Recevant l’appel d’une femme en détresse qui vient d’être kidnappée, il fait appel à son sens de la déduction et à son intuition pour tenter de la localiser. Le spectateur apprendra en même temps que lui que les apparences peuvent s’avérer trompeuses.
Pour son premier film, le réalisateur signe là un huis-clos captivant, respectant l’unité de lieu et de temps, qui va crescendo et qui repose sur son interprète principal – Jakob Cerdegren – parfait en policier combattant ses propres démons et qui veut se racheter après une bavure. Toutes les émotions passent sur le visage buriné et très expressif du comédien.
En dépit de quelques invraisemblances scénaristiques, ce suspense psychologique rappelle que la suggestion, qui naît de l’économie de moyens, peut s’avérer tout aussi efficace que la surenchère d’effets.
Cet exercice de style prenant évoque, sans le copier,oTrente minutes de sursis, le premier film de Sydney Pollack.

Michel Senna

« Au poste »

 

 

 

 

Un peu dubitatif face au cinéma de Quentin Dupieux, je dois reconnaître à ce cinéaste d’avoir malgré tout un univers bien à lui.
Son dernier film – Réalités – semblait plus abouti que ses œuvres précédentes et son nouvel opus « Au poste » promettait d’être engageant.

Du reste, cela commence plutôt bien et l’interrogatoire mené par Benoît Poelvoorde (plutôt sobre) sur un crime, ne manque pas de quelques bonnes réparties.

Certains détails physiques des personnages surprennent comme le flic borgne, la fumée de cigarette qui s’échappe du ventre de Poelvoorde. On pense évidemment plus au cinéma de Blier qu’à celui de Claude Miller, mais faute d’un scénario solide, l’histoire finit par s’enliser au bout de 40 minutes, pour paraitre ensuite interminable : ce qui est une gageure pour un film durant 1h13 !
Le final très convenu (des acteurs sur scène face au public) n’est pas franchement convaincant.

L’interprétation, trop à l’aise, de Grégoire Ludig en suspect, manque de relief. On imagine comment un comédien tel qu’Edouard Baer aurait pu transcender ce personnage énigmatique.

Bref, ni la mise en scène un peu paresseuse, ni son scénario confus permettent à ce pastiche très référencé et plutôt morbide, de décoller, malgré de bonnes idées pour le moins surréalistes, ici et là.

Michel Senna

Le book club


Une comédie romantique « sénior » qui ne fait pas dans la dentelle mais qui vaut le détour pour les prestations savoureuses de ses héroïnes : Jane Fonda, Diane Keaton, Candice Bergen et Mary Steenburgen, qui incarnent quatre amies de longue date qui se réunissent toutes les semaines dans le cadre de leur club de lecture. La découverte de 50 nuances de grey va provoquer quelques remous dans la vie de certaines d’entre elles.
La mordante Vivian (Jane) qui refuse de s’investir dans une relation durable va renouer avec l’un de ses anciens amants joué par Don Johnson. Carol (Mary) essaie de réveiller son mari un rien désabusé depuis sa mise à la retraite, Diane (Diane) une veuve essaie de s’affranchir de ses enfants et redécouvre l’amour et Sharon (Candice), une juge, qui sur les conseils de ses deux amies s’inscrit sur des sites de rencontres.
Cette comédie de Bill Holderman bénéficie de dialogues percutants même si les situations, drôles ou scabreuses, sont surtout très convenues.
Le spectateur aura néanmoins la surprise de revoir Richard Dreyfuss et Andy Garcia. Un film gentiment formaté pour un vaste public américain, qui évoque certaines séries à succès. Dommage que ces comédiennes si talentueuses n’aient pas été réunies autour d’un meilleur scénario.

Michel Senna

L’homme qui tua Don Quichotte


Le dernier film de Terry Gilliam porte assurément sa griffe et c’est finalement ça le plus important. Car peu importe si ce projet qui l’a accompagné durant des longues années, et qui a subi bien des avatars, était à la hauteur des espérances.
Car bien que trop long et un peu boursouflé, le film ne manque pas d’énergie bouillonnante et de créativité. On pense surtout à Fisher King pour la partie folie douce et rédemption et au Baron de Munchausen dont le pseudo Don Quichotte semble un lointain parent. La mise en scène est dynamique et le réalisateur a tiré un beau parti des décors naturels d’une Espagne aride.
Comme souvent chez Gilliam, on oscille, dans cette fuite effrénée, entre le rêve éveillé et la réalité, à travers les yeux d’un réalisateur désabusé, interprété par Adam Driver, qui a mis son idéalisme de côté et se retrouve confronté à des situations de plus en plus anormales, au fin fond de l’Espagne. Le réalisateur en profite pour régler quelques comptes personnels avec le monde « maffieux » du cinéma.
Dommage que l’alchimie entre les deux comédiens ne prenne que partiellement. Autant Jonathan Pryce (Brazil), dans son rôle de pseudo Don Quichotte, s’avère truculent, touchant et subtil, autant Adam Driver, moins expérimenté, joue l’ahurissement sur un mode un peu répétitif.
Reste un film foisonnant et inégal mais toujours captivant car la plupart du temps imprévisible. Ce n’est pas si mal à une époque de grand formatage !
Michel Senna

L’ile aux chiens

L’île aux chiens… un os sans moelle !

Le dernier film d’animation de Wes Anderson mettant en scène des chiens dans un univers rétro-futuriste, avait de quoi intriguer. Et effectivement, l’animation est très inventive et le propos original.
Dans un Japon quasi totalitaire, les chiens, porteurs de maladie, sont violemment mis à l’écart sur une île poubelle au large du continent.
On suit alors le parcours de quelques uns d’entre eux et celui d’un enfant venu rechercher son toutou contaminé.
Le problème, c’est qu’une fois passées ces scènes d’exposition, le film a bien du mal à décoller, faute de définir de véritables enjeux. On est loin du remarquable The Grand Budapest Hotel qui marqua une étape importante dans la carrière du réalisateur.
Malgré le dynamisme de son montage et une musique d’accompagnement qui s’emploie à donner le rythme, je dois avouer avoir lutter pour rester attentionné, tellement les effets de mise en scène me sont apparus répétitifs et les dialogues entre chiens assommants. Qu’il s’agisse des animaux ou des humains, les personnages très froids et distants ne suscitent aucune sympathie et le scénario tortueux ne semble aller nulle part. Tout cela finit par paraître vain, malgré des trouvailles ici et là.
Bref, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce film, tout créatif visuellement qu’il soit, manque à mes yeux, véritablement de chien ! Michel Senna

Hostiles

Le meilleur western depuis Impitoyable nous dit-on sur l’affiche pour qualifier ce film réalisé par Scott Cooper. Il est clair que ce dernier connaît ses classiques dont on reconnaît l’inspiration un peu insistante, ici et là. Christian Bale y incarne un capitaine de cavalerie, rompu au combat contre les indiens, qui se voit confier une mission qui le dégoûte. Escorter un chef indien mourant et sa famille vers leur terre tribales d’origine, dans le Montana. Chemin faisant, l’homme s’humanise.

Cette trame assez schématique est alourdie par la dimension introspective des personnage rébarbative, par le jeu trop inexpressif de Christian Bale et par une musique plombante trop envahissante. Jouant trop sur la corde mélodramatique et se voulant toujours profond, le film finit par ennuyer là où il cherche à émouvoir. Même s’il reprend les codes du genre, Hostiles, par son aspect minimaliste et rugueux, fait plus penser à The Revenant qu’à Impitoyable. Du reste, les grands espaces filmés (ou numérisés) ne semblent jamais ancrés dans un réel tangible.

Reste quelques séquences de fusillade fort bien réalisées, un final à l’ironie grinçante et une bonne prestation, mais ce n’est pas une surprise, de Rosamund Pïke en jeune femme traumatisée qui apprendra à regarder les indiens différemment. C’est beau et gentiment moraliste, mais on a quand même bien du mal à croire aux revirements des deux protagonistes principaux.

Michel Senna

« Lady bird »

Après avoir joué dans un certain nombre de film Indé, dont le charmant Frances Ha, Greta Gerwig passe derrière la caméra et signe cette chronique largement auto-biographique, qui raconte un moment charnière de la vie d’une jeune fille de 17 ans vivant à Sacramento au début des années 2000.
Le point fort de ce film est assurément l’interprétation de Saoirse Ronan, parfaite en post-adolescente ayant des idées très arrêtées sur sa destinée. Jouant avec nuances, elle y est tour à tour drôle, rebelle, blessante, amoureuse, déprimée, bref une ado un peu auto-centrée pleine de vie et de désirs.
Au plus près de ses personnages plutôt attachants, la réalisatrice explore les affres de la jeunesse sans en éviter tous les poncifs.
L’originalité vient surtout dans la présentation plutôt inattendue du milieu scolaire catho dans laquelle évolue la jeune Christine, alias Lady Bird.
Car pour le reste, qu’il s’agisse de son désir ardent de suivre des cours dans une fac de la Côte Est, d’être socialement et artistiquement reconnue, de ses premiers amours contrariés (son premier flirt est homosexuel et son second se prend pour un existentialiste blasé), de ses engueulades avec sa mère aimante et un peu castratrice (excellente Laurie Metcalf) qui fait marcher la baraque, de la complicité avec son père au chômage, il n’y a là rien de bien nouveau sous le soleil de Californie.
Malgré tout, cette chronique douce amère sur le thème de « Ailleurs l’herbe est (ou pas) plus verte », offre de beaux moments poignants ou tendres et une peinture d’un quotidien, avec ses petites joies et ses peines, finement observé.
Une première œuvre intimiste qui, sans révolutionner le genre, ne manque assurément pas de charme.
Michel Senna