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Ginger et Fred

Ginger et Fred …de Federico Fellini
Une œuvre qui porte indéniablement la patte de son réalisateur : Federico Fellini.
Au delà, de la description peu reluisante de l’Italie des années 80 (des rues jonchées de sacs poubelles fumants et peuplées de mendiants et de délinquants), et de la critique féroce de la publicité choc et de la télévision à sensation, façon Berlusconi, Ginger et Fred est aussi un film d’une grande tendresse.
Au milieu d’une galerie de personnages excentriques et gentiment ringards, Marcello Mastr oianni (grimé pour ressembler physiquement à Fellini) et Giulietta Masina incarnent deux anciens artistes du music-hall, qui se retrouvent pour refaire leur numéro de claquettes, lors d’un show TV de Noël.

Drôles et touchants à la fois, les deux comédiens épatants servent ce bien beau film incisif et mélancolique. A revoir donc !
Michel Senna

My Cousin Rachel

L’été n’est pas toujours propice à voir des films dignes d’intérêt et pourtant je vous recommande ce drame en costumes gentiment feutré : My Cousin Rachel, de Roger Michell, une nouvelle adaptation du roman de Daphné Du Maurier (L’Auberge de la JamaïqueRebecca …), la précédente réalisée en 1952 par Henry Koster réunissait Olivia de Havilland et Richard Burton.


Le réalisateur signe un huis-clos rural soigné, aux images côtières splendides, et dont le climat entre tensions, renvois mal aiguillés et désirs, rappelle souvent l’atmosphère des films de Joseph Losey. Le film doit beaucoup à l’interprétation hors-pair de la troublante et sensuelle Rachel Weisz (actrice décidément dans la lignée de Charlotte Rampling) dans la peau de son homonyme Rachel, une héroïne ambiguë dont on ne sait jamais réellement si elle est ou non calculatrice. La comédienne incarne parfaitement cette femme énigmatique, aimante, soucieuse des convenances et moderne par certains côtés.
Nullement un chef d’œuvre mais de la belle ouvrage quand même.
Michel Senna

IMPITOYABLE

IMPITOYABLE

Quelle bonne idée de ressortir le dernier western réalisé par Clint Eastwood et qui a remporté, en 1993, une avalanche d’Oscars et autres prix. Le comédien et réalisateur qui avait déjà signé trois œuvres importantes du genre que sont : L‘homme des hautes plaines, Josey Wales hors-la-loi et Pale rider – signe un western d’un superbe classicisme, digne de John Ford qui démythifie l’Ouest américain, comme l’avait fait en son temps Henry King avec La cible humaine.
Impitoyable est dédié à Sergio (Leone) et Don (Siegel), deux mentors de Clint qui l’ont mis « en selle ». Eastwood y incarne Will Munny un fermier veuf et père de deux enfants. Vivant à la dure, et dans le besoin, l’homme accepte de renouer avec son passé lointain de tueur pour empocher quelques dollars. Commence alors une virée plutôt éreintante, avec deux complices, pour mener cette expédition punitive qui ne se passera pas comme prévue. Outre Clint dont le jeu est d’une grande intensité, l’interprétation est tout à fait remarquable. Eastwood a réuni de très grands comédiens (Gene Hackman – Morgan Freeman – Richard Harris) pour le seconder dans ce western crépusculaire atypique par son réalisme.
L’œuvre qui bénéficie d’une superbe profondeur de champ et de somptueux décors naturels, amène aussi à une réflexion sur la véracité des légendes de l’Ouest et la violence, qu’elle émane d’un cow boy qui taillade violemment une prostituée, d’un autre qui croit facile d’exécuter un homme ou d’un shérif impulsif un brin sadique.
Bref, du très grand Eastwood qui atteint là l’un des sommets de sa longue et fructueuse carrière.

Michel Senna

Nothingwood

Salim Shaheen

Présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, ce documentaire réalisé par Sonia Kronlund a l’ambition de montrer un autre visage de l’Afghanistan, en suivant une personnalité hors du commun : Salim Shaheen, un acteur, sorte de sous Bud Spencer, qui se met en scène dans des films d’action improbables au budget dérisoire. Malgré l’aspect artisanal, l’homme est très populaire dans son pays et semble bénéficier d’une certaine immunité. Ce personnage cabotin, drôle et colérique est accompagné de quelques apprentis comédiens, dont l’un, plutôt truculent, spécialisé dans des rôles efféminés.
Mais derrière l’anecdote et quelques scènes assez chaleureuses, la réalité de la dureté de ce pays aride revient inlassablement, comme pour rappeler que l’Afghanistan n’est pas exactement un pays d’opulence ou de libertés individuelles, surtout pour les femmes. Michel Senna  

HHhH

HHhH : un film de Cédric Jiménez

La mode est décidément aux biopics et tous les sujets historiques semblent de bons prétextes à faire un film.
Adaptant le roman de Laurent Binet, les scénaristes ont du penser qu’il était nécessaire que les spectateurs
connaissent de façon plus « intime » Reinhard Heydrich, l’un des pires criminels nazi, bras droit d’Himmler, un homme pratique et parfaitement inhumain, surnommé « le boucher de Prague « et qui entre autres, a mis en place la solution finale.
On assiste à son renvoi humiliant de l’armée au temps de l’ancien régime, puis à sa percée, grâce à son épouse, dans les rangs du parti nazi. L’homme fonde une gentille petite famille et parallèlement, prend du galon et fait massacrer à tout va, sans sourciller, à commencer par les SA devenus gênants pour Hitler.
Ensuite, changement de décor, on suit les aventures tragico-sentimentales, et pas toujours crédibles, de deux soldats tchécoslovaques infiltrés à Prague, et qui ont pour mission de tuer Heydrich. 
Autant dire que la structure bancale du film pose vite un problème. Il aurait fallu choisir entre le biopic et le film de guerre relatant une mission suicide, inspirée de faits réels. En outre, les deux jeunes comédiens ne font pas vraiment le poids par rapport à la prestation de Jason Clarke qui avec son air faussement calme, sa tête au carré et ses yeux bleus acier, en impose, même s’il ne dit pas grand chose. Rosamund Pike s’en sort très bien dans un rôle un peu ingrat, car déterminant au début et beaucoup moins ensuite.
La réalisation du français Cédric Jimenez est efficace et certaines séquences d’action sont prenantes, telle la fusillade finale dans l’église . Dommage qu’une certaine esthétique morbide, un peu complaisante, vienne parasiter certaines scènes. 
On y voit beaucoup d’images crues de massacres de civils, de suicides de résistants, quelque soit leur âge ou leur sexe, mais on a bien du mal à cerner les intentions de l’auteur. En dépit de certaines qualités évidentes ce film souffre surtout de son hésitation entre deux genres.

Michel Senna