Tous les personnages des films de Jeff Nichols, jeune prodigue du cinéma indépendant américain, cultivent le goût de la différence ou de la singularité, à l’image de son dernier film « Loving », inspirée d’une histoire vraie.
Le réalisateur relate le combat d’une femme noire et de son mari blanc, contraints à l’exil pour s’être mariés dans un État qui ne le permet pas. Aidés par l’administration Kennedy, ils feront valoir leurs droits à la cour Suprême et cette injustice, bientôt médiatisée, amènera à un changement décisif dans la Constitution qui autorisera le mariage interracial dans tout le pays.
Dans un registre où la démonstration est souvent de mise, Jeff Nichols évite tous les écueils et signe une œuvre sereine, tendre et réaliste. Plus une belle et tendre histoire d’amour qu’un film à thèse, « Loving » film bénéficie d’une mise en scène d’un bien beau classicisme et d’une interprétation subtile de Joel Edgerton et de Ruth Negga qui incarne les deux amants qui vont rentrer, un peu malgré eux, dans l’histoire.
Semaine de la langue française et de la francophonie
22e édition de la Semaine de la langue française et de la Francophonie
SOFILM

18. Alain Gomis
Hors Cadre. Sortant en salles le beau Félicité, centré sur une chanteuse de Kinshasa, Alain Gomis en profite pour papoter jazz, afro-funk et autres musiques électrisantes. Il s’épanche aussi sur la situation politique et explique en quoi l’Afrique se pose les questions que l’Occident ne se pose plus.
22. Solène Rigot
Portrait. Remarquée dans 17 Filles, révélée dans Tonnerre, elle explose à présent dans Orpheline d’Arnaud des Pallières. Cette petite banlieusarde, mi-garçon manqué, mi-femme fatale, intrigue et déroute, mais bouffe la caméra à tous les coups. Itinéraire d’une enfant du cirque formée chez les Scouts.
26. Acteurs indigènes au Brésil
Reportage. Ils s’appellent Zahy ou Miguelito et comme tous les apprentis acteurs, ils rêvent de fouler les tapis rouges. Le problème ? Au Brésil, ces Indiens indigènes restent au mieux cantonnés à des rôles naïfs en tenues traditionnelles ou sont tout simplement éjectés des castings. Un racisme qui ne dit pas son nom et contre lequel ils continuent à se battre. Pour eux et pour ceux qui leur succèderont.
32. Hollywood vs. Trump
Dossier de couverture. Depuis l’élection de Donald Trump, un vent d’engagement souffle sur Hollywood. Mais s’agit-il d’une vraie révolte, ou d’une énième révolution de salon ? Enquête, réponses des Hollywoodiens les plus engagés, et retour infiltré dans le happening politico-artistique de Shia Labeouf.
44. Darius Khondji
Interview. Il est aussi brillant que discret, à l’image de son métier de chef opérateur. Et pourtant, célébré ce mois-ci à la Cinémathèque, l’homme a bossé avec quelques-uns des plus grands, de Fincher à Haneke en passant par Wong Kar-wai. Rencontre avec l’homme qui a cherché l’ombre avant de trouver la lumière.
64. Hongriewood
Reportage. En Hongrie, à l’ombre du leader xénophobe Victor Orban, un magnat a édifié un empire et l’un des plus gros studios d’Europe à des tarifs défiant toute concurrence. De quoi attirer les tournages des Hellboy 2 et autres Die Hard 5. Un business juteux pour un homme, Andy Vajna, qui sait faire des affaires, tant qu’il y en a qui peuvent payer… Visite guidée – et enneigée – des studios Korda.
70. Le plus grand figurant du monde
Specimen. Depuis le début du millénaire, Jesse Heiman a joué le geek dans une centaine de films et de séries, avec à son C.V. des Spielberg, Fincher ou Michael Bay. Précision utile : à chaque fois que le garçon pointe sa bouille ronde, c’est en tant que figurant. A 38 ans, le bon Heiman est réputé pour être le « world’s greatest extra ».
74. Go, go , Power Rangers !
Story. Alors qu’un film en forme de revival nostalgique sort en salles ce mois-ci, retour sur la saga qui a accompagné les goûters de la jeunesse des années 90. Un improbable show complètement fauché à base de robots-dinosaures et de bastons en costume lycra produit par le parolier de Mike Brant et qui aura cartonné pendant près d’une décennie chez les plus jeunes.
78. John Milius
Légende. Il se murmure que l’auteur du script d’Apocalypse Now et réalisateur de Conan le Barbare serait aussi le scénariste le plus prolifique d’Hollywood. Le vilain petit canard de la bande des Barbus (Lucas, Spielberg, Coppola) est aussi et surtout incollable sur la guerre en général, surfeur devant l’éternel, conservateur patenté et co-créateur du M.M.A. Bref, cet homme est une légende
Extra. Grand reporter à Libé puis au Monde, auteur célébré du Quai de Ouistreham, Florence Aubenas a arpenté la Croisette et porte un regard aussi curieux que rigolard sur le petit monde du cinéma. Sans oublier de poser quelques réserves concernant le « cinéma social » français.
Cahier Critique
52. The Lost City of Z de James Gray
54. Grave de Julia Ducournau
56. Utu de Geoff Murphy
58. Jours de France de Jérôme Reybaud
60. Le Casting du mois
61. Séquence Star : Princesse Mononoké, vu par Claude Barras
62. Le Saut du tigre dans le passé, une chronique de Serge Bozon
63. Les bonnes feuilles du Cinémaboule, par Noël Godin

Mars 2017 – n°731
Éditorial
Composer pour le cinéma par Stéphane Delorme
Événement
Musiques de film
Un monde en soi par Thierry Jousse
La musique au premier plan entretien avec Cliff Martinez – par Thierry Méranger
Mica Levi, Math and Meat par Cyril Béghin
Les images ne mentent pas entretien avec Ryuichi Sakamoto – par Nicholas Elliott
Musique paysage entretien avec David Wingo – par Joachim Lepastier
Hong Sang-soo et Jeong Yong-jin, en miroir par Vincent Malausa
Une voix à l’intérieur du film entretien avec Olivier Maguerit – par Florence Maillard
Une musique remarquable entretien avec Rob – par Laura Tuillier
Romantisme planant Jean-Benoît Dunckel – par Jean-Sébastien Chauvin
John Williams, compositeur d’émotions par Chloé Huvet
Moments musicaux
The Neon Demon (Nicolas Winding Refn / Cliff Martinez)
Ce sentiment de l’été u(Mikhaël Hers / Tahiti Boy)
Carol (Todd Haynes / Carter Burwell)
Queen of Earth (Alex Ross Perry / Keegan DeWitt)
Brooklyn Village (Ira Sachs / Dickon Hinchliffe)
The Fits (Anna Rose Holmer / Danny Bensi & Saunder Jurriaans)
Cahier critique
La Cité perdue de Z de James Gray – par Jean-Sébastien Chauvin
Une approche tendre et généreuse entretien avec James Gray – par Jean-Philippe Tessé
Félicité d’Alain Gomis – par Jean-Philippe Tessé
Le blues de Kinshasa entretien avec Alain Gomis – par Stéphane Delorme & Jean-Philippe Tessé
Jours de France de Jérôme Reybaud – par Joachim Lepastier
Grave de Julia Ducournau – par Stéphane du Mesnildot
La morale des cannibales entretien avec Julia Ducournau – par Stéphane du Mesnildot
Notes sur d’autres films 20th Century Women (Mike Mills) – L’Autre Côté de l’espoir (Aki Kaurismäki) – Bienvenue à Madagascar (Franssou Prenant) – Citoyen d’honneur (Mariano Cohn & Gastón Duprat) – Orpheline (Arnaud des Pallières) – Patients (Grand Corps Malade & Mehdi Idir) – Pris de court (Emmanuelle Cuau) – Le Secret de la chambre noire (Kiyoshi Kurosawa) – Tombé du ciel (Wissam Charaf) – Traque à Boston (Peter Berg) – Wrong Elements (Jonathan Littell) – Zoologie (Ivan I. Tverdovsky)
Journal
Exploitation Le petit vingtième du Nova
Festival Manosque, en signe de traces et d’amitié
Premier pas Jérôme Reybaud, fraternités
Portrait Garance Marillier rayonne
Lettre des Philippines Peque Gallaga, toujours vif
Ciné-club Tel-Aviv, Rive gauche
Activités culturelles La Règle du jeu, mise en scène de Christiane Jatahy / Les Indes Galantes de Salut c’est cool / Motion Picture de Lucy Guerin
Livre The Freak de Pierre Smolik : Chaplin, dernier envol
Livre Bernard Herrmann, un génie de la musique de film de Vincent Haegele : Le sens du passé
DVD Suzan Pitt, pépites
DVD La trilogie de la guerre de Roberto Rossellini
DVD L’Esprit de Caïn de Brian De Palma
Festival Berlin, états critiques
News internationales
Disparitions Emmanuelle Riva, John Hurt, Luce Vigo
Répliques
Retour sur Les Derniers Parisiens par Nicole Brenez
Le nouveau souffle des cinémas indépendants européens par Mikael Arnal et Agnès Salson
Tournage
Karim Moussaoui
L’envol : un tournage en Algérie par Laura Tuillier
Cinéma retrouvé
Walerian Borowczyk
L’étrange cas du docteur Boro par Paola Raiman
Josef von Sternberg
La pensée Sternberg par Jean Douchet
BD
Misfits par Luz

POSITIF 673 | Mars 2017
Dossier
ANDRZEJ WAJDA (1926-2016)
Critique et entretien
du film The Lost City of Z de James Gray
Focus et entretien sur le Cinéma
de Darius Khondji
Critique et entretien
du film Grave de Julia Ducournau
Raoul Ruiz à travers ses cahiers : des notes, souvenirs et séquences de choses vues (1993-2011)
Une réflexion autour de 4 films-dispositifs qui nous regardent
Hommages à Emmanuelle Riva et Jean-Paul Török
Un retour sur Il Posto d’Ermanno Olmi
et Mandy d’Alexander Mackend
« Lumière, l’aventure commence «
Un film de Thierry Fremeau, directeur artistique de l’Institut Lumière de Lyon, au côté du président Bertrand Tavernier.
Thierry Fremeau assure aussi la sélection du Festival de Cannes.
Les dépenses des collectivités territoriales
Depuis la seconde partie des années 2000,les fluctuations rapides des dépenses des collectivités territoriales pour le financement de la culture suscitent chez les acteurs de terrain l’attente d’informations actualisées pour se situer dans un contexte changeant et prendre appui sur des arguments objectifs dans le cadre des négociations avec les partenaires ou d’arbitrages internes.
Cette note de conjoncture a vocation à présenter en temps réel les grandes tendances concernant les dépenses culturelles des collectivités territoriales. Elle sera désormais reconduite chaque année sur une base qui sera progressivement élargie. Pour sa première mouture, elle propose des résultats relatifs aux régions, aux départements et aux villes de plus de 100 000 habitants.
Un mouvement significatif se dessine en 2016 à partir de notre échantillon de collectivités, celui d’une contraction des budgets de fonctionnement, dans des proportions qui restent contenues en moyenne à hauteur de -4 % pour les régions, -5 % pour les départements et -7 % pour les villes de plus de 100 000 habitants, même si ce dernier chiffre doit être pondéré par d’éventuels transferts aux EPCI.
Il convient d’interpréter ces données dans une perspective plus large d’évolution dont les premiers signaux ont été lancés par un nombre croissant de départements à partir de 2008-2009. Par ailleurs, si l’effort culturel des collectivités territoriales décroît en moyenne en 2016, cela masque des situations variables de baisse ou de stabilité mais aussi ça et là de hausse des dépenses culturelles qui méritent d’être soulignées.
Un même scénario erratique s’annonce en 2017. Pour comprendre cette tendance globale, la réduction de la dotation de l’État aux collectivités est généralement invoquée. Un autre élément d’explication doit être ici mobilisé : celui d’un certain affaissement de l’ambition politique pour la culture, comme si elle n’avait plus la même évidence dans les politiques territoriales à l’heure même où ses effets en faveur du vivre ensemble ou d’une citoyenneté active ne cessent d’être invoqués.
Comment alors redonner un nouvel élan à la culture dans les territoires ? La réponse à cette question ne peut être directement donnée par cette enquête. Mais la conclusion de cette note souffle tout de même une hypothèse…
Si vous souhaitez lire la note de conjoncture :
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La Lettre « en Bref » Janvier – Février 2017
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Pour lire la totalité de la lettre « en bref » : en-bref-janvfev-pdf
- Editorial : Ordonnance
Comme vous le verrez dans ce numéro, le CNC Centre national du cinéma et de l’image animée vient de publier un texte, concernant la chronologie des médias. Mais d’autres textes sont probablement en préparation.
En effet, la loi récemment promulguée relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine prévoit dans son article 93 que : « Le gouvernement est autorisé à prendre par ordonnances toutes mesures relevant de la loi propre à modifier le code du cinéma et de l’image animée ».
Bien d’autres articles de la loi concernent spécifiquement le code du cinéma, en particulier ceux consacrés au «partage et à la transparence des rémunérations» ou à l’exercice des professions et activités de la production et de la distribution (article 26). Bien entendu et compte tenu du sujet même de la loi, beaucoup d’articles sur la formation, la conservation et la valorisation du patrimoine concernent également le cinéma sans lui être expressément réservés. Nous n’avons reproduit en page 2 que les principales dispositions prévues par l’ordonnance.
Les autres dispositions sont brièvement résumées ci-après :
- adapter les sanctions susceptibles d’être infligées,
- recueillir les informations nécessaires à l’amélioration de la lutte contre la fraude aux aides publiques,
- préciser les règles s’appliquant aux agents de contrôle du Centre national du cinéma et de l’image animée.
Le texte précise enfin que : les ordonnances sont prises dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente loi. Un projet de loi de ratification est déposé devant le Parlement dans un délai de six mois à compter de la publication des ordonnances.
Comme vous pourrez le constater, les ordonnances ne semblent pas porter sur des sujets très différents de ceux qui font l’objet de la loi. On peut donc se demander ce qui motive ce traitement particulier. Une affaire à suivre.
Jackie

Loin d’être un biopic de plus sur une personnalité sur laquelle il a été déjà tant dit, écrit et montré, ce film, plutôt bien fait, nous montre comment Jackie Kennedy a du surmonter une terrible épreuve et gérer les obsèques nationales de son mari assassiné. Étonnamment, l’affiche assez neutre, ne laisse pas présager du ton austère de ce drame psychologique. Œuvre intense que d’aucuns ont qualifié de glacée, « Jackie » bénéficie d’une narration plutôt habile et d’une mise en scène à la fois classique et intimiste de Pablo Larrain qui filme son héroïne à la perfection. La bande originale faite d’accords prolongés un peu dissonant contribue à installer un climat assez mortifère.
Nathalie Portman s’avère brillante dans son interprétation et sans forcer le trait elle joue avec justesse cette Première Dame tour à tour meurtrie, hagarde, humiliée, esseulée, mais aussi implacable face au journaliste venu l’interviewer, courageuse et soucieuse du protocole. A noter également la présence du regretté John Hurt dans l’un de ses derniers rôles, en l’occurrence un prêtre un rien philosophe avec lequel Jackie Kennedy peut converser librement.
Un sujet sans doute un peu limité mais fort bien traité.
La La Land
Certains films bénéficient d’une aura et d’une quasi unanimité de la presse au moment de leur sortie qu’on ose à peine manifester un quelconque désaccord. « Impossible de ne pas aimer ce film » est-il mentionné sur certaines affiches promotionnelles pour bien marteler le fait qu’on est face à un chef d’œuvre du genre, dont le succès populaire et l’avalanche de prix attestent forcément le talent. Et Pourtant, j’ose le dire, Lala Land annoncé comme « La » comédie musicale, tient assez peu ses promesses. Pour bien montrer qu’il n’y a pas de tromperie sur la marchandise, le film débute par un assez long plan séquence mêlant chant et danse, tourné sur une bretelle d’autoroute de Los Angeles, sorte de clip multiculturel. Passé cette scène d’ouverture un peu épuisante et plutôt décorrélée du reste du récit, l’aspect comédie musicale s’étiole assez vite pour raconter une histoire d’amour contrariée entre deux artistes, un pianiste de jazz et une apprentie comédienne, qui s’aimeront, s’épauleront et essaieront de ne pas trop faire de concessions dans leurs vies. Un scénario assez faiblard qui ne tarde pas à devenir gentiment ennuyeux.
On peut se demander si le choix de Ryan Gosling au jeu un peu falot et celui d’Emma Stone, ici dans l’émotion forcée, était vraiment approprié, d’autant que malgré leur bonne volonté, il manque aux deux comédiens une certaine grâce dans les rares moments chorégraphiés, qui tombent d’ailleurs toujours un peu comme un cheveu sur la soupe. On peut aussi regretter l’absence de seconds rôles intéressants à l’exception de l’amusant JK Simmons qui incarne le patron d’une boite de nuit. Privilégiant une sensiblerie un peu factice au détriment de la légèreté et de la drôlerie, Lala Land est nullement truculent, même si parfois on peut sentir l’esprit de Woody Allen planer ici et là.
Reste quand même une mise en scène soignée, de belles vues en Cinemascope de la terne Los Angeles, un goût assumé pour le rétro « coloré » et la confirmation de l’intérêt que porte Damien Chazelle, l’habile réalisateur, au monde du jazz depuis Whiplash, son précèdent opus, bien plus prenant.