Tout l’argent du monde

L’adaptation d’un fait divers, un peu oublié, par Ridley Scott, est assez captivante, malgré des imperfections. Une fois n’est pas coutume, ce dernier a mis en scène cette sordide histoire de kidnapping de façon plutôt sobre et classique. Passons quand même sur la reconstitution qui manque de naturel (des costumes et des voitures qui semblent sortir du musée des années 60/70…) pour s’intéresser au propos et au personnage de Getty, un multi-milliardaire fier, avare, cupide impitoyable et manipulateur qui, sollicité par son ex-belle fille, refuse de payer la rançon aux ravisseurs qui ont enlevé son petit-fils en Italie. Déconnecté de la vie, l’homme du haut de sa tour d’ivoire, l’homme consulte son telex qui l’informe des cours du pétrole, dans le contexte tendu de la création de l’OPEP, et admire ses œuvres d’art uniques qui sont les seules choses qui parviennent à l’émouvoir.
Christopher Plummer accomplit là une prestation absolument époustouflante, d’autant plus méritante qu’il a dû rejouer dans l’urgence les scènes filmées avec Kevin Spacey, salement débarqué du projet, peu avant la sortie du film.
Mark Wahlberg est également très convaincant en homme de main obéissant jouant une partie serrée, et qui va se révéler à lui-même.
En revanche, Michelle Williams incarne de façon trop appliquée son rôle de mère combative, pour être vraiment émouvante. Et quelle idée étrange d’avoir engagé Romain Duris pour camper un voyou italien un peu crado qui va développer une relation ambiguë avec le jeune kidnappé. L’acteur fait pourtant de son mieux mais on a bien du mal à y croire. D’une manière générale, les scènes montrant les kidnappeurs s’avèrent les plus faiblardes, même si elles entretiennent le suspense.
Non sans certains poncifs sur l’Italie et trop long, mais c’est là le lot commun de tellement de films actuels, Tout l’argent du monde est un drame dont le nihilisme quasi absolu, porté ici par Getty-Plummer, a évidemment fasciné un réalisateur, dont l’œuvre, il est vrai, n’a jamais trop cherché à faire l’éloge du genre humain !

Michel Senna

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