Le dernier Biopic de Pablo Larrain ; après « Neruda » le réalisateur s’attaque à la vision « people » du mythe de l’épouse de JFK
Archives pour la catégorie Le film du mois – Archives
Hedi, un vent de liberté
Un film franco tunisien de Mohamed Ben Attia
Tour de France
Une nouvelle facette de Gérard Depardieu et une belle réussite de Rachid Djaïdani…
« La sociale »
Un film à voir, un film a programmer…
La fille inconnue
On ne pourra jamais reprocher aux frères Dardenne de faire des films de carte postale. Et on leur en sait gré. Ceci étant… Revoilà un décor terne, et une héroïne en quête obsessionnelle. Ici, le décor, c’est la ville de Liège (en tout cas ses coins les moins attrayants), et l’héroïne principale est une jeune médecin généraliste qui fait de sa quête une enquête pour ainsi dire policière. Incarnée par Adèle Haenel, elle croise sur sa route certains habitués de la galaxie Dardenne (Olivier Gourmet, Jérémie Rénier) et de beaux personnages plus vrais que nature. L’ensemble est loin d’être déplaisant, mais n’emballe pas pour autant.
Le docteur Jenny Davin, à la conscience professionnelle à toute épreuve, culpabilise de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune femme, qui sera retrouvée morte à proximité le lendemain. Rongée, elle se lance avec obstination à la recherche de l’identité de cette Fille inconnue. Or la culpabilité est un virus contagieux, et le seul antidote consiste à libérer la parole, et donc la vérité.
Adèle Haenel est parfaite, et on la suit, malgré les traits fermés de son personnage, à chaque plan, redoutant ses choix, craignant les menaces, éprouvant sa solitude. « Fille inconnue » à sa manière derrière sa profession, elle transmet si bien sa culpabilité qu’autour d’elle se met en place un ballet social à son tour culpabilisant, où l’idée d’un « carré des indigents » deviendrait à juste titre insupportable. On retrouve donc aussi le savoir-faire des Dardenne pour dessiner une impeccable critique sociale et morale, et diriger leurs acteurs tout aussi impeccablement. Seulement, en dépit de son rythme et de la force de certaines scènes, cette variation sur le même thème souffre peut-être d’un classicisme… maison.
Le ciel attendra
« Liberté de conscience ou conscience capturée ? » Que vivent les adolescents touchés par le religieux ? Le questionnement parcourt tout le film de Marie-Castille Mention-Schaar. A travers l’histoire croisée de deux familles confrontées à la radicalisation de leurs enfants, la réalisatrice pose un regard juste et pertinent sur l’embrigadement des jeunes au djihad.
D’un côté, une maman cherche à retrouver sa fille partie en Syrie, quitte à y aller elle-même. De l’autre, une famille tente de renouer avec leur fille rattrapée, elle, à l’aéroport, alors qu’elle était sur le départ via Istanbul. Au milieu, une spécialiste, Dounia Bouzar elle-même, s’attelle à démêler l’écheveau formé dans ces jeunes esprits par les recruteurs islamistes sur le web. Aucun point de vue n’est négligé : les errements et les douleurs de la mère incarnée par la formidable Clotilde Coureau, la tension et l’incompréhension du couple qui a récupéré sa fille aînée de justesse ; et tandis que cette adolescente rageuse et effrayée parvient peu à peu à se retrouver, cette autre se transforme petit à petit pour s’éloigner inexorablement d’une vie d’ado jusqu’alors tout à fait normale.
Chaque scène fait sens, et fait frémir. Car comme le dit l’un des personnages, on ne sait pas ce qui se passe dans la tête de nos enfants. Et les questions restent ouvertes. Brillamment interprété tant par les adultes que par les deux jeunes actrices, le film bénéficie d’un scénario soigné et d’un montage qui évite le récit linéaire, pour ne pas desservir un sujet si périlleux. C’est là du vrai cinéma, alarmant certes, nécessaire donc, mais où l’optimisme l’emporte : le ciel attendra !