Tribune du C.N.C : notre synthèse

« Certains veulent démanteler le modèle même qui a fait de la France un champion mondial de la création audiovisuelle. Le modèle de financement du cinéma français n’était contesté que par les géants américains. Salué et copié dans le monde entier, il est aujourd’hui remis en cause par des voix françaises qui risquent de saborder ce qui nous donnait une longueur d’avance. »

Voici les idées-forces de son texte :

« Premièrement, protéger notre outil créatif et industriel, mis a l’épreuve par une crise mondiale d’une violence inédite. »

Gaëtan Bruel cite la chute de la fréquentation : 35% dans le monde, 25 % en France, et « la fragilisation simultanée de tous les modèles qui permettent encore de produire des œuvres ambitieuses » versus les « usages vers les plateformes « gratuites » : « Cette gratuité est trompeuse : elle repose sur la monétisation de notre attention ». Il alerte ensuite sur la captation de nos imaginaires, et les potentiels dégâts sur notre industrie de l’image animée, les comportements prédateurs s’appuyant désormais de plus en plus sur l’I.A.

« Cette souveraineté se mesure très concrètement. Grâce à ses écoles, à ses studios, au Festival d’Annecy – tous soutenus par le CNC –, la France est aujourd’hui le troisième pays au monde pour l’animation (…) nos enfants peuvent encore grandir avec des œuvres – et donc des références, des valeurs – majoritairement françaises. Voulons-nous préserver cette capacité pour l’avenir, ou laisser notre filière de l’image devenir le nouveau symbole du déclassement industriel français ? »

« Deuxième défi : accélérer a l’export »

Pourtant seulement 23ème pays par sa population, la France, rappelle Gaëtan Bruel, occupe bien souvent la 3ème place au Box-Office mondial. Si le marché intérieur principalement porte le secteur, pour autant : « Nous faisons déjà 40 % des recettes de nos films à l’international, mais nous pouvons faire bien plus. ». Il évoque ensuite « la crise d’Hollywood et la réduction structurelle du nombre de films américains », cette conjoncture ouvrant le champ à « d’autres cinémas. Dans un océan de contenus standardisés »

« le troisième défi est le miroir du deuxième : accueillir davantage de tournages étrangers »

Le Président du CNC confirme l’importante retombée des tournages ici de films ou séries internationales, certes pour les techniciens de cinéma locaux, mais aussi pour l’économie locale « hôteliers, restaurateurs, commerçants, artisans, transporteurs  (…) Aujourd’hui, selon Unifrance et le CNC, les seules recettes internationales du secteur rapportent déjà 1,3 milliard d’euros par an ». Si l’image de la France à l’étranger était largement portée par la diffusion classique du cinéma, il précise à juste titre que : « A l’heure des plateformes, chaque tournage étranger devient aussi une campagne d’image planétaire »

Il aborde ensuite l’enjeu des crédits d’impôt internationaux « sans eux, un territoire disparaît d’emblée de la carte des grandes productions. (…) les doutes instillés sur la pérennité de notre modèle atteignent les décideurs internationaux. (…) l’incertitude se paie en tournages perdus. »

« Quatrième grand défi : préserver un tissu de salles de cinéma qui constitue l’une des grandes réussites françaises. »

2ème équipement culturel de proximité, 93% des français sont à moins de 30 minutes d’une salle. « Mais ce maillage n’est pas gravé dans le marbre » Il évoque en effet une situation qui mérite de « mobiliser tous les leviers pour faire revenir le public », car si le parc de salles s’est constitué sur 200 millions d’entrées, nous n’en totalisons désormais plus que 160. Il faut nous épargner une redite de la crise des années 80 « quand la chute de la fréquentation faisait fermer les salles par dizaines. »

Il évoque alors le débat lancé par certains sur un supposé trop grand nombre de films, et répond : « personne ne sait prédire le succès d’un film – pas plus que celui d’un livre. Comme notre chance est d’avoir des éditeurs et des libraires qui ne se limitent pas aux dix best-sellers du moment, notre force est d’avoir des producteurs, des distributeurs et des salles qui offrent une diversité de films. » Et de fait, en 2025 deux Français sur trois se sont rendu en salle, et « 38 % des entrées ont concerné des films français – une part de marché sans équivalent en Europe. S’il y a bien un pays où les films nationaux rencontrent leur public, c’est la France. Leur diversité est le ressort même de notre performance. Elle est plus que jamais non pas la cause, mais le remède aux difficultés actuelles. »

Pour finir, Gaëtan Bruel évoque les investissement importants du Royaume-Uni, dont « une refonte intégrale de ses crédits d’impôt pour mieux aider son cinéma indépendant et à petit budget », de l’Espagne, avec le plan Espagne, hub audiovisuel d’Europe, de l’Allemagne qui double quasiment ses aides à la production.

Il conclu en évoquant un « grand paradoxe » : les 80 ans de mobilisation via le CNC pour le cinéma français, qui a protégé notre cinématographie nationale, notre réseau de salles, nos techniciens, nos créateurs, a permis de devenir parfois leader sur bien des plans, ces 80 ans donc, de travail acharné, sont visés par une campagne mensongère sur son financement, lorsque son autofinancement « par des taxes qui sont acquittées par les seules entreprises du secteur et rend les films français beaucoup moins dépendants de l’argent public qu’ailleurs en Europe (25 % en France, contre près de 50 % dans le reste de l’Europe) ».  La France « peut encore franchir un cap stratégique en s’emparant de ces quatre enjeux, grâce à un modèle particulièrement vertueux. »

Il alerte à juste titre en conclusion :

« Mais, à force de caricatures, de remises en cause à bas bruit et d’attentisme silencieux, nous sommes en train de désarmer ce qui nous donnait pourtant une longueur d’avance. Notre déclassement n’est en rien une fatalité, sauf si nous l’organisons nous-mêmes. »