Après Hippocrate et Médecin de campagne, le monde de la médecine est à nouveau à l’honneur dans ce nouveau film de Thomas Lilti, aux accents autobiographiques, qui montre l’acharnement d’Antoine et Benjamin, deux étudiants qui doivent réussir le cap de leur première année d’études et être suffisamment bien notés pour choisir ensuite la filière qui leur convient.
Interprétés tout en nuances par William Lebghil et Vincent Lacoste, ces deux jeunes amis n’ont pas les mêmes attentes et les mêmes facilités pour apprendre. Apprendre et assimiler les connaissances jusqu’à en tomber malade, et avoir la vocation ou pas, tel est là le sujet de ce film traité sans détours et d’une précision quasi maniaque.
Bien mis en scène et porté par un excellent duo, Première année sonne juste tout le temps jusqu’à son final assez touchant. Michel Senna
Archives pour la catégorie « L’ombre d’un doute »
L’année dernière à Marienbad
L’influence au scénario du romancier et futur metteur en scène Alain Robbe-Grillet n’a pas aidé à la fluidité du récit. L’histoire se résume à peu de choses. Lors d’une soirée mondaine donnée dans un château, un homme du monde courtise la maîtresse des lieux, certain de l’avoir déjà séduite plus tôt.
D’un point de vue purement technique, ce film atteint par moments
des sommets de virtuosité et certains plans, notamment ceux des extérieurs du château, impriment de façon durable la rétine.
Mais tout aussi esthétisant soit-il, L’année dernière à Marienbad a toujours divisé la critique : envoûtant et cérébral pour les uns et ennuyeux et prétentieux pour les autres. La perception de ce film, un peu hors du temps, est donc liée au fait que l’on accepte ou pas le postulat de départ.
Nombreux sont les éléments qui peuvent toutefois décourager le spectateur, qu’il s’agisse de l’orgue déchaîné qui accompagne des mouvements de caméra un peu vains, des scènes de rencontre répétitives avec la voix off du personnage principal (Giorgio Albertazzi) particulièrement crispante. Les dialogues pesants et artificiels et le jeu glacé et détaché des comédiens (Giorgio Albertazzi et Delphine Seyrig) n’arrangent rien.Malgré tout, on peut toutefois reconnaître à Alain Resnais un goût pour réinventer les codes narratifs du cinéma, mais force est de reconnaître également que cet exercice de style d’une grande froideur ne s’est pas franchement bonifié avec le temps et ce malgré le fait que 1961 soit une année de grands crus !
AUZAT l’Auvergnat
APRÈS UN PARCOURS INEDIT EN SALLES,
LE FILM AUZAT L’AUVERGNAT
(RECOMMANDÉ « ART ET ESSAI » PAR L’AFCAE)
A PARIS A PARTIR DU 3 OCTOBRE AU STUDIO GALANDE
THE GUILTY

Ce film danois de Gustave Möller fut assurément la meilleure surprise de l’été. L’histoire est celle d’un policier, solitaire et rustre, travaillant au central des urgences téléphoniques. Recevant l’appel d’une femme en détresse qui vient d’être kidnappée, il fait appel à son sens de la déduction et à son intuition pour tenter de la localiser. Le spectateur apprendra en même temps que lui que les apparences peuvent s’avérer trompeuses.
Pour son premier film, le réalisateur signe là un huis-clos captivant, respectant l’unité de lieu et de temps, qui va crescendo et qui repose sur son interprète principal – Jakob Cerdegren – parfait en policier combattant ses propres démons et qui veut se racheter après une bavure. Toutes les émotions passent sur le visage buriné et très expressif du comédien.
En dépit de quelques invraisemblances scénaristiques, ce suspense psychologique rappelle que la suggestion, qui naît de l’économie de moyens, peut s’avérer tout aussi efficace que la surenchère d’effets.
Cet exercice de style prenant évoque, sans le copier,oTrente minutes de sursis, le premier film de Sydney Pollack.
« Au poste »

Un peu dubitatif face au cinéma de Quentin Dupieux, je dois reconnaître à ce cinéaste d’avoir malgré tout un univers bien à lui.
Son dernier film – Réalités – semblait plus abouti que ses œuvres précédentes et son nouvel opus « Au poste » promettait d’être engageant.
Du reste, cela commence plutôt bien et l’interrogatoire mené par Benoît Poelvoorde (plutôt sobre) sur un crime, ne manque pas de quelques bonnes réparties.
Certains détails physiques des personnages surprennent comme le flic borgne, la fumée de cigarette qui s’échappe du ventre de Poelvoorde. On pense évidemment plus au cinéma de Blier qu’à celui de Claude Miller, mais faute d’un scénario solide, l’histoire finit par s’enliser au bout de 40 minutes, pour paraitre ensuite interminable : ce qui est une gageure pour un film durant 1h13 !
Le final très convenu (des acteurs sur scène face au public) n’est pas franchement convaincant.
L’interprétation, trop à l’aise, de Grégoire Ludig en suspect, manque de relief. On imagine comment un comédien tel qu’Edouard Baer aurait pu transcender ce personnage énigmatique.
Bref, ni la mise en scène un peu paresseuse, ni son scénario confus permettent à ce pastiche très référencé et plutôt morbide, de décoller, malgré de bonnes idées pour le moins surréalistes, ici et là.
Michel Senna
Le book club

Une comédie romantique « sénior » qui ne fait pas dans la dentelle mais qui vaut le détour pour les prestations savoureuses de ses héroïnes : Jane Fonda, Diane Keaton, Candice Bergen et Mary Steenburgen, qui incarnent quatre amies de longue date qui se réunissent toutes les semaines dans le cadre de leur club de lecture. La découverte de 50 nuances de grey va provoquer quelques remous dans la vie de certaines d’entre elles.
La mordante Vivian (Jane) qui refuse de s’investir dans une relation durable va renouer avec l’un de ses anciens amants joué par Don Johnson. Carol (Mary) essaie de réveiller son mari un rien désabusé depuis sa mise à la retraite, Diane (Diane) une veuve essaie de s’affranchir de ses enfants et redécouvre l’amour et Sharon (Candice), une juge, qui sur les conseils de ses deux amies s’inscrit sur des sites de rencontres.
Cette comédie de Bill Holderman bénéficie de dialogues percutants même si les situations, drôles ou scabreuses, sont surtout très convenues.
Le spectateur aura néanmoins la surprise de revoir Richard Dreyfuss et Andy Garcia. Un film gentiment formaté pour un vaste public américain, qui évoque certaines séries à succès. Dommage que ces comédiennes si talentueuses n’aient pas été réunies autour d’un meilleur scénario.
Michel Senna