Deux – de Filippo Meneghetti

Les histoires d’amour au cinéma entre deux femmes ne sont pas courantes, et encore moins quand elles sont âgées. On se dit, enfin! Enfin, ce n’est pas une histoire entre deux adolescentes ou alors entre deux femmes qui s’ennuient, dans leurs histoires respectives, et qui trouvent un réconfort dans les bras l’une de l’autre.

Une histoire d’amour, Madeleine et Nina (magnifiquement interprétées par Martine Chevalier et Barbara Sukowa). Ces deux femmes amoureuses ont la soixantaine passée, on ne connaît pas précisément le leur âge. Elles vivent sur le même palier, mais cachent leur relation à leur entourage.

Ce film est beau, tendre et touchant. C’est une histoire d’amour qui s’accorde aux âges des de Madeleine et Nina. Lorsque Madeleine est atteinte d’un AVC, leur histoire est mise à mal, leur secret va devoir être révélé, comment vont-elles faire ?

Le film se déroule en partie dans l’appartement de Madeleine. Un appartement simple où elle reçoit sa fille, son fils et son petit-fils, un appartement normal. Mais c’est aussi le lieu où Madeleine et Nina s’aiment, dansent, éprouvent leurs sentiments, un lieu d’amour et de vie. Mais lorsque Madeleine est victime de son accident (Martine Chevalier nous saisit dans ce rôle presque mutique), cet appartement est le terrain d’incompréhension entre Nina et la fille de Madeleine, superbement interprétée par Léa Drucker. Théâtre de la convalescence de Madeleine et de l’amour d’une fille pour sa mère, l’appartement est aussi pour Nina l’espace où elle se doit d’être, même si rejetée par l’aide à domicile ou la fille de Madeleine.

Nina fera tout pour retrouver son amour (au sens physique et symbolique).

On observe simplement des scènes de vies: les relations d’une femme avec ses enfants, avec sa santé, avec son amante. C’est dans ces interactions qu’émerge progressivement la finesse de la mise en scène des relations familiales.

C’est une histoire d’amour simple, qui oscille au grès des accidents de la vie. On est emportés par cette relation forte et par l’énergie déployée par Nina.

C’est une histoire d’amour normal, entre deux femmes normales, dans un appartement normal.

Enfin, un film qui parle normalement de l’amour de deux femmes.

 

Lea Floc’h

« Le cas Richard Jewell » – Clint Eastwood

Quel rythme ce Clint! La mule, son dernier film est sorti il y a un an. Il nous avait emmené dans une sorte de road-movie où un vieux monsieur transportait de la drogue pour des trafiquants mexicains.
En 2020, Clint Eastwood nous replonge en 1996, à Atlanta, théâtre d’un attentat durant les jeux olympiques. Tiré de faits réels, nous connaissons la vérité de cette affaire. Mais ce film s’attache moins à l’issue de l’enquête qui a mené à arrêter Eric Rudolph, qu’à suivre la vie de Richard Jewell qui bascule.
Richard est un gardien de la sécurité du parc où a lieu un concert. Il découvre, sous un banc, un sac à dos. Se demandant ce que contient ce sac, il donne l’alerte une première fois, sans réaction de la police. Il revient à la charge, et les forces de l’ordre découvrent que le sac contient une bombe.
Richard Jewell est victime d’un emballement, victime de l’Etat et des médias. Il devient en quelques heures après l’attentat le suspect numéro un : on apprend qu’il est dans le viseur du FBI.
On veut un coupable, très bien, ce sera lui.
Richard Jewell a toujours rêvé d’intégrer la police et place l’ordre et l’autorité au-dessus de tout.
Mais il n’est pas policier, il est agent de sécurité et a déjà été arrêté pour avoir joué les représentants de l’ordre. On s’attache à Richard, ce blanc américain un peu gros, adorant sa mère
et passionné par l’ordre et les armes, mais des armes pour chasser, attention !
On suit sa vie avant, pendant, et après l’attentat. On suit sa relation avec sa maman et son avocat, attachant lui aussi _ et interprété par Sam Rockwell qui nous avait fait rire déjà en interprétant G.W
Bush dans Vice.
Dans ce film Clint Eastwood fait ce que les scénaristes américains savent faire : traiter un fait divers, peu glorieux pour leur patrie (on pense à Spotlight, à Vice, à 0 Dark Thirty). L’injustice que subit Richard Jewell est inquiétante et on n’ose pas imaginer l’ampleur que prendrait cette affaire en 2020 avec l’impact démultiplié des réseaux sociaux.
On retrouve les singularités d’écriture de Clint Eastwood : des sujets traités avec gravité, mais avec toujours avec une pointe de folie, de fantaisie, des décalages, qui nous plongent dans l’humanité des personnages (on pense notamment à la scène de la perquisition).
L’agent du FBI, la journaliste ou encore la secrétaire de l’avocat sont ces personnages secondaires sur lesquels le spectateur peut s’appuyer pour avoir une vision plus globale des événements, une forme d’objectivation des faits.
Ce changement de focale permanent rythme le récit et permet et lui donne une dimension encore plus réaliste.
Clint Eastwood, connu pour ses positions pro-américaines, s’est aventuré sur un terrain peu glorieux pour son pays, mais a su traiter avec finesse un sujet sensible avec un Richard Jewell qui nous agace parfois mais à qui on se sent attaché.