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Juste la fin du monde

Ah qu’il est beau, Louis ! Sous les traits de Gaspard Ulliel, le personnage central de Juste la fin du monde illumine le film. Après douze ans d’absence, il rend visite aux siens : sa mère, sa petite sœur, son grand frère et l’épouse de ce dernier. Il est porteur d’une mauvaise nouvelle, qu’il n’arrive pas à énoncer. On s’attache immédiatement à sa présence, à ses silences, à son regard. L’alter ego sublimé du dramaturge Jean-Luc Lagarce, dont la pièce éponyme est ici portée à l’écran par Xavier Dolan, est pour ainsi dire le seul, hélas, qui nous touche véritablement.

Avec cette adaptation, Dolan, grand gamin doué du cinéma récompensé à Cannes, n’a pas choisi la facilité tant l’écriture de Lagarce est théâtrale. C’est là le principal tort, en fait, du film : pour ceux qui connaissent la pièce de théâtre, les choix esthétiques, disons-le franchement criards, portent à la caricature gênante des personnages sensés représenter bien au contraire les « gens normaux », ceux qui n’ont « rien d’extraordinaire » (devaient-ils forcément avoir mauvais goût ?). La famille avec laquelle Louis l’artiste homosexuel ne partage rien, le lui rend bien. Elle se trouve tout aussi désemparée face à lui et à son univers. Le monde de l’enfance et du passé commun s’est scindé en vies douloureusement irréconciliables.

Mais le trait est bien trop forcé, tant sur les costumes, les décors que sur les plans serrés à répétition, pour signifier ce qui dans le texte est, à coups d’hésitations verbales, limpide et subtil. Ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de Lagarce n’en seront peut-être nullement gênés et apprécieront la distribution épatante. Pour les autres… et pour tout spectateur, on aurait aimé être bien plus ému, voire bouleversé par ce drame universel qu’est la réunion de famille.