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Hostiles

Le meilleur western depuis Impitoyable nous dit-on sur l’affiche pour qualifier ce film réalisé par Scott Cooper. Il est clair que ce dernier connaît ses classiques dont on reconnaît l’inspiration un peu insistante, ici et là. Christian Bale y incarne un capitaine de cavalerie, rompu au combat contre les indiens, qui se voit confier une mission qui le dégoûte. Escorter un chef indien mourant et sa famille vers leur terre tribales d’origine, dans le Montana. Chemin faisant, l’homme s’humanise.

Cette trame assez schématique est alourdie par la dimension introspective des personnage rébarbative, par le jeu trop inexpressif de Christian Bale et par une musique plombante trop envahissante. Jouant trop sur la corde mélodramatique et se voulant toujours profond, le film finit par ennuyer là où il cherche à émouvoir. Même s’il reprend les codes du genre, Hostiles, par son aspect minimaliste et rugueux, fait plus penser à The Revenant qu’à Impitoyable. Du reste, les grands espaces filmés (ou numérisés) ne semblent jamais ancrés dans un réel tangible.

Reste quelques séquences de fusillade fort bien réalisées, un final à l’ironie grinçante et une bonne prestation, mais ce n’est pas une surprise, de Rosamund Pïke en jeune femme traumatisée qui apprendra à regarder les indiens différemment. C’est beau et gentiment moraliste, mais on a quand même bien du mal à croire aux revirements des deux protagonistes principaux.

Michel Senna

« Lady bird »

Après avoir joué dans un certain nombre de film Indé, dont le charmant Frances Ha, Greta Gerwig passe derrière la caméra et signe cette chronique largement auto-biographique, qui raconte un moment charnière de la vie d’une jeune fille de 17 ans vivant à Sacramento au début des années 2000.
Le point fort de ce film est assurément l’interprétation de Saoirse Ronan, parfaite en post-adolescente ayant des idées très arrêtées sur sa destinée. Jouant avec nuances, elle y est tour à tour drôle, rebelle, blessante, amoureuse, déprimée, bref une ado un peu auto-centrée pleine de vie et de désirs.
Au plus près de ses personnages plutôt attachants, la réalisatrice explore les affres de la jeunesse sans en éviter tous les poncifs.
L’originalité vient surtout dans la présentation plutôt inattendue du milieu scolaire catho dans laquelle évolue la jeune Christine, alias Lady Bird.
Car pour le reste, qu’il s’agisse de son désir ardent de suivre des cours dans une fac de la Côte Est, d’être socialement et artistiquement reconnue, de ses premiers amours contrariés (son premier flirt est homosexuel et son second se prend pour un existentialiste blasé), de ses engueulades avec sa mère aimante et un peu castratrice (excellente Laurie Metcalf) qui fait marcher la baraque, de la complicité avec son père au chômage, il n’y a là rien de bien nouveau sous le soleil de Californie.
Malgré tout, cette chronique douce amère sur le thème de « Ailleurs l’herbe est (ou pas) plus verte », offre de beaux moments poignants ou tendres et une peinture d’un quotidien, avec ses petites joies et ses peines, finement observé.
Une première œuvre intimiste qui, sans révolutionner le genre, ne manque assurément pas de charme.
Michel Senna

La Lettre « En Bref » de Janvier Février 2018

Editorial :

Vous avez dit illégal ?

Bien que les textes législatifs et
réglementaires soient parfaitement
clairs en ce qui concerne le cinéma
non commercial, il faut bien
constater que de plus en plus de
séances « non commerciales »
sont organisées hors de ce cadre.
Cela tient à plusieurs causes. Tout
d’abord les progrès techniques de
projection en DVD ou blu-ray qui
rendent très facile l’organisation de
telles séances, mais également par
le fait que, dans plusieurs zones du
territoire la fréquentation
cinématographique est plus faible
que la moyenne, comme le montre
les statistiques du CNC : un tiers
de la population fourni la moitié des
entrées et les deux autres tiers
seulement l’autre moitié.
C’est d’ailleurs pour cette dernière
raison que nous engageons avec
notamment l’association des
Maires Ruraux une action sur le
thème « Cinéma et égalité des
territoires ».
Pour en revenir aux séances
illégales, il faut dire qu’elles
correspondent à une demande de
spectateurs qui souhaitent voir des
films qui ne sont pas programmés
par leur cinéma. Pour autant cette
demande ne justifie pas
l’organisation de séances illégales.
De nombreuses salles de cinéma
répondent d’ailleurs à cette
demande dans le cadre de
l’exploitation normale. Prenons
simplement un exemple d’un
arrodissement à Paris, le 14ème,
où trois cinémas, L’entrepôt, Le
Chaplin Denfert et les 7
Parnassiens accueillent chaque
mois des groupes de spectateurs
en programmant le film qu’ils ont
souhaité, avec bien entendu la
billetterie CNC.
Ces différentes questions montrent
l’utilité d’une réflexion que nous
souhaiterions engager avec la
profession, le plus urgent étant de
faire des propositions pour contrer
les séances pirates.

Les « Cesars »…et les « Oscars » 2018

Le palmarès complet des Cesars

 

 

Meilleur film

Robin Campillo, 120 Battements par minute

Meilleure actrice

Jeanne Balibar, Barbara

Meilleur film étranger

Faute d’amour, réalisé par Andreï Zviaguintsev

Meilleure adaptation

Albert Dupontel, Pierre Lemaitre, pour Au revoir là-haut

Meilleur court-métrage

Les Bigorneaux, réalisé par Alice Vial

Meilleur court-métrage d’animation

Pépé le Morse, réalisé par Lucrèce Andreae

Meilleur film d’animation

Pépé le Morse, réalisé par Lucrèce Andreae

Meilleur film d’animation

Le Grand méchant Renard et autres contes, réalisé par Benjamin Renner et Patrick Imbert

Meilleur son

Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau, Stéphane Thiébault, Barbara

Meilleure musique originale

Arnaud Rebotini, pour 120 battements par minute

Meilleur scénario original

Robin Campillo, pour 120 Battements par minute

Meilleurs costumes

Mimi Lempicka, pour Au-revoir là-haut

Meilleurs décors

Pierre Quefféléan, pour Au revoir là-haut

Meilleur montage

Romain Campillo, pour 120 Battements par minute

Le palmarès complet des 90e Oscars

Oscar¨ Statuettes On Display At Chicago Museum Of Science & Industry

Le palmarès complet des 90e Oscars

Acteur dans un second rôle: Sam Rockwell dans « 3 Billboards: les Panneaux de la vengeance »

Maquillage et coiffure: Kazuhiro Tsuji, David Malinowski et Lucy Sibbicki, « Les heures sombres »

Costumes: Mark Bridges, « Phantom Thread »

Documentaire: « Icarus » de Bryan Fogel et Dan Cogan

Montage son: Richard King et Alex Gibson, « Dunkerque »

Mixage son: Richard King et Alex Gibson, « Dunkerque »

Direction artistique: Paul Denham Austerberry, Shane Vieau et Jeffrey A. Melvin, « La Forme de l’eau »

Film en langue étrangère: « Une Femme fantastique » de Sebastian Lelio

Actrice dans un second rôle: Allison Janney dans « Moi, Tonya »

Court-métrage d’animation: « Dear Basketball » de Glen Keane et Kobe Bryant

Film animation: « Coco » des studios Pixar

Effets spéciaux: « Blade Runner 2049 », John Nelson, Gerd Nefzer, Paul Lambert et Richard R. Hoover

Montage: Lee Smith, « Dunkerque »

Court-métrage documentaire: « Heaven is a traffic jam on the 405 » de Frank Stiefel

Court-métrage: « The Silent Child » de Chris Overton et Rachel Shenton

Adaptation: « Call Me by Your Name » de James Ivory

Scénario original: « Get out », scénario de Jordan Peele

Meilleure photographie: « Blade Runner 2049 » de Roger A. Deakins

Musique originale: Alexandre Desplat pour « La Forme de l’eau »

Chanson originale: « Coco », musique et paroles de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

Réalisateur: Guillermo del Toro pour « La Forme de l’eau »

Acteur: Gary Oldman pour « Les Heures sombres »

Actrice: Frances McDormand pour « 3 Billboards: les Panneaux de la vengeance »

Film: « La Forme de l’eau » de Guillermo del Toro

 

15h17 pour Paris

-Clint Eastwood poursuit obstinément sa quête du héros américain moyen et signe avec ce 15h17 pour Paris, son film le plus raté.
Ça me chagrine de le dire, mais Il n’y a absolument rien à sauver dans ce long-métrage ennuyeux en diable et, chose plus étonnante, fort mal réalisé.
Le réalisateur s’intéresse moins au fait divers survenu dans le Thalys, expédié en quelques minutes à la fin, qu’au passé de ces trois américains très très très ordinaires. L’idée de faire jouer les vrais acteurs de ce drame pouvait paraître noble, mais les trois jeunes héros qui s’efforcent de paraître naturels, paraissent surtout très limités dans leur jeu et leur psychologie. De vraies coquilles vides qui savent surtout descendre de la bière et faire des selfies. Après l’épisode scolaire sans intérêt, et quelques scènes au mysticisme douteux, Clint nous sert un tour d’Europe indigeste en passant par Rome et Berlin. Les trois jeunes gens y font des rencontres sans intérêt qui n’amènent strictement à rien sur le plan scénaristique.
A moins de réaliser un suspense un peu putassier autour de cet attentat déjoué, de toute évidence, il n’y avait, là, rien à raconter.
Force est de reconnaître, qu’étant un inconditionnel de Clint depuis toujours, je suis moins client de ses dernières réalisations qui puisent leur inspiration dans des évènements réels plus ou moins tragiques.
Mais, si son dernier film Sully était fort bien fait, cette fois, on se croirait plutôt dans un docu-fiction rejoué pour une chaine TV à sensation.
Clint, si tu m’entends… »Make my day » again please !
Michel Senna