L’INA propose le visionnage gratuit de ses films

Gardien des archives de la télévision française, le service de streaming de l’INA, Madelen, propose trois mois de visionnage gratuit “pour accompagner nos concitoyens en cette période difficile”. Ce trésor renferme plus de 13 000 archives en tous genres. Une réelle mine d’or.

Le premier paiement a lieu 3 mois après l’abonnement initial, s’il est toujours en cours. Aucun paiement ne sera effectué si vous vous désabonnez dans la période de 3 mois offerts

Un catalogue riche et éclectique
Madelen est une sélection exquise de chefs-d’œuvre, dont la plupart sont impeccablement restaurés. Au programme, classiques du cinéma français avec Renais, mais aussi Godard, des tonnes d’émissions cultissimes, une multitude de documentaires remarquables ainsi que de nombreux spectacles et concerts, dont la première de Starmania en 78, le show d’Aretha Franklin à l’Olympia en 1971 ou encore celui de Barbara.

La plateforme regorge également de séries mythiques tels que Les Shadoks, créée par Jacques Rouxel qui relate les mésaventures d’êtres anthropomorphes à l’apparence d’oiseaux rondouillards. On peut retrouver aussi la mini-série des années 80 de Claude Chabrol et Buñuel, Fantômas. Enfin, Madelen met à disposition l’iconique collection documentaire belgo-française Strip-tease, diffusée de 1992 à 2002 sur France 3.

source : les Inrocks

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La Fête du court… à la maison

Du mercredi 25 au mardi 31 mars, vous avez la possibilité de télécharger un lecteur sécurisé qui vous permettra de regarder autant que vous le souhaitez une programmation de films, conçue spécialement à cette occasion. Des films accessibles à tous, pour tous les âges, tous les publics, et bien évidemment gratuits !
Pour vous inscrire, c’est très simple !
> Remplissez le formulaire en cliquant ici : inscription fête du court
> Ajoutez l’adresse email contact@lafeteducourt.com à vos contacts pour vous assurer de bien recevoir nos emails
> Vous recevrez un email automatique sur votre adresse vous indiquant votre identifiant et votre mot de passe personnels
> À partir du 24 mars, connectez-vous sur portail.lafeteducourt.com avec les identifiants communiqués et téléchargez notre lecteur sécurisé
> Vous pourrez voir et revoir gratuitement tous les films proposés jusqu’au 31 mars,
date où le lecteur deviendra inactif

Cœur de verre (Herz aus Glas) de Werner Herzog (1976) – Critique proposée par J-F Burgos

Coeur de verre : la fracture technologique.

En Bavière au XVIIIème siècle, un maître verrier décède, il emporte avec lui le secret de fabrication qui permet la réalisation du verre-rubis, inégalée de part le monde. Toute la société du bourg repose sur cette industrie. Désespérément l’ensemble des ouvriers de la verrerie se mobilise pour retrouver ce savoir faire. Le maître du village, un aristocrate, va avoir recours à l’enquête et à la divination afin de tenter la perpétuation de ce qui fait la richesse des lieux.

Par ce film, de 1976, Werner Herzog nous transporte dans un monde étrange et déliquescent que la peur envahit peu à peu. Pour ce faire, le réalisateur ‘d’Aguirre’, de ‘l’énigme de Kaspar Hauser’, de ‘Nosferatu’, va investir l’image comme forme picturale romantique face à la forme narrative de la société en rupture.

Werner Herzog souligne souvent, qu’en tant que cinéaste, il lui manque la génération des pairs, au sens de la filière cinématographique et des pères au sens civil. Il dénonce, de ce fait, la période nazie ayant en quelque sorte créé une béance dans la filiation cinématographique allemande. Son film, ‘Nosferatu’, nous renvoie vers Murnau et devient l’objet d’une continuité hypothétique. ‘Coeur de verre’, qui précède Nosferatu, ne vient pas combler un manque, mais plutôt le dénoncer. Le réalisateur désire montrer les mécanismes qui sont à l’origine de ce manque. L’effritement inéluctable de la société qu’il expose s’appuie sur la stricte séparation des rôles sociaux, les habitants semblent vivre les uns à côté des autres sans jamais se rencontrer. Les ouvriers veulent retrouver, par l’expérimentation, le savoir faire perdu. L’aristocrate, pétri d’une culture de caste, se croyant dans une tragédie grecque, va faire appel au Thirésias local (Hias). Ce dernier sera l’annonciateur de l’enchaînement des catastrophes pour les uns et les autres, sauf pour lui-même. Le valet de l’aristocrate sera dans l’absolu accomplissement de son emploi, n’exerçant aucune censure morale devant les actions criminelles de son maître. La servante apeurée n’arrivera pas à échapper à son destin de dominée. Seule la taverne semble échapper à la disparition, en tant que le dernier espace d’un exutoire maintenant le peuple dans une habitude artificielle.

La plastique du film se situe après une période baroque, comme expression opulente de la puissance des dominants, des princes souverains et d’une église, directrice quotidienne de l’âme humaine. Werner Herzog nous place immédiatement dans ce moment de basculement esthétique annonciateur du romantisme allemand. Le film débute par une exposition appuyée des paysages bavarois à la façon de Kaspar David Friedrich. Ainsi, peut-on penser que la domination de l’homme sur lui-même étant aboutie, il lui faut, maintenant, poser le regard sur une nature encore sauvage qu’il va falloir dominer, à l’image du ‘Voyageur contemplant une mer de nuages’.

Ce tableau place le ‘regardant’ du tableau dans le rôle impératif de spectateur, il doit rester en dehors de la toile, c’est une volonté manifeste du peintre. Werner Herzog semble adopter ce principe. Il veut nous détacher de toute appropriation de l’énoncé pouvant troubler notre temps et notre lieu pendant la projection du film. Il nous faut rester en regard de l’image projetée.

Il est dit, du film, que Werner Herzog aurait hypnotisé ses acteurs. Il nous impose des paroles et des gestuelles qui semblent nous conduire hors du sens des textes et des actions. Ainsi, un joueur de cartes donne l’impression de se déplacer comme s’il était guidé par les cartes qu’il porte dans les mains. A l’inverse, les scènes de taverne sont à l’image de la peinture allemande profane, elles nous apparaissent plus familières, les références à Günther Matthäus ou Johann Liss sont probablement proches.

Il se dégage, alors, du film une distance induite à l’égard de la recherche de compréhension et, de ce fait, se révèle à nous une étrangeté inhabituelle à l’écran.

L’imbrication, si soigneusement construite par Werner Herzog, pour mêler ses intentions picturales et narratives et pour tenter de nous mettre à distance, montre une volonté voire une obsession à nous alerter sur notre monde contemporain.

Ne peut-on mettre en regard cette évolution industrielle du XVIIIème, en échec, avec le retour d’une ère nucléaire, bien en peine à réaliser de nouveau son évolution, comme une sorte d’incapacité à faire ce que nos pairs ont assuré. Si la faillite de ces redoutables procédés, dits innovants, reste rare, ils sont néanmoins cataclysmiques pour des territoires condamnés, où l’homme n’a plus sa place. Cette évasion est évoquée par Werner Herzog par la parabole du voyage en mer dans le film. L’obsolescence de l’homme se réalise ici par l’obligation de fuir, alors qu’il est sensé produire des contenus qui lui sont destinés. Ainsi, selon Günther Anders, lorsqu’il y a coïncidence entre la vie intérieure avec les contenus produits :

L’homme n’a plus besoin et ne peut plus avoir besoin que de ce qu’on l’oblige à prendre ;

L’homme ne pense plus et ne peut plus penser que ce qui lui est destiné ;

L’homme ne fait plus et ne peut plus faire que ce qu’on l’oblige à faire ;

L’homme ne ressent plus et ne peut plus ressentir que ce qu’on exige qu’il ressente.

Pour Anders, la coïncidence entre la vie intérieure et les contenus produits réalise le système conformiste.

A voir et revoir.

Confinés : On s’fait une toile ?

brefÀ l’heure de ce confinement général obligé, « Bref le meilleur du court métrage » pense aussi aux plus jeunes, particulièrement susceptibles de tourner comme des lionceaux en cage alors qu’un éclatant soleil brille à l’extérieur.
Mais comme le seul mot d’ordre qui vaille est de surtout rester chez soi, ce site propose spécialement, à l’attention des enfants comme des plus grands, de visionner en totale gratuité, pour les 2 ) semaines qui viennent, 6 courts métrages des plus variés.
Avec de l’animation, du burlesque et de la musique, mais aussi des documents pédagogiques à télécharger, comprenant même des pistes d’ateliers pratiques.

 

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Des cinémas indépendants -tel le cinéma Les Carmes d’Orléans- proposent en partenariat avec LA TOILE, de (re)-découvrir sur n’importe quel terminal (ordinateur, tablette, voire même téléphone…🖥📲) une sélection de films liés à la programmation de son cinéma.

Notez bien que LA TOILE est la seule plate-forme qui rémunère les cinémas.

Les cinémas participants
L’ensemble des films proposés
et par exemple : la sélection du cinéma Les Carmes

 

 

Dis c’est quoi… la vie d’un film avant sa projection

A la base, se trouve le producteur, à l’autre bout, la salle de cinéma, et, aujourd’hui en bout de course le maillon fondamental vidéo /DVD très rentable économiquement, puis les télévisions. Le producteur finance le film avec de nombreux coproducteurs (chaînes TV, Sofica*, banques…), souvent pour les premiers films, le CNC accorde une « avance sur recette »(de 15 000 à 300 000 euros) sur lecture du scénario. Le distributeur s’occupe essentiellement de la logistique de la distribution (nombre de copies, ciblage, communication… ).
La salle de cinéma indépendante négocie le film avec le distributeur.
En ce qui concerne la plupart des multiplexes, tout est concentré dans les mains de programmateurs parisiens qui peuvent peser aussi sur la vie et la mort des films en fonction du seul critère de rentabilité.

La Ferme du Buisson, entre patrimoine et innovation

Rouvert en novembre dernier après presque 6 ans de travaux d’extension et de rénovation, le cinéma de La Ferme du Buisson a retrouvé ses deux salles tout en proposant des nouveaux espaces à son public. Le tout imaginé par l’architecte Farid Azib (cabinet Randja) en cohérence avec le cadre historique du lieu, classé aux Monuments historiques.

Noisiel, en Seine-et-Marne. Transformée en centre culturel à partir du début des années 1980, la Ferme du Buisson accueille en son sein trois pôles culturels (avec un abonnement commun et des passerelles entre les différentes programmations) : une scène nationale, un centre d’art et un cinéma qui vient de subir une importante transformation. Ce chantier a permis à l’établissement dirigé par Dominique Toulat d’offrir plus de confort à ses spectateurs dans ses deux salles qui peuvent accueillir respectivement 261 personnes (avec 7 places PMR) et 125 spectateurs (dont 4 places PMR). « En termes de jauge, nous n’avons que quelques fauteuils de moins qu’avant dans la petite salle. Nous avons avant tout reconfiguré les lieux : certains rangs étaient par exemple trop près de l’écran. La capacité d’accueil de la grande salle est plus importante et elle dispose désormais d’un écran de 13 m de base, détaille-t-il. Avant, les multiplexes communiquaient beaucoup sur la notion de confort alors que les salles Art et Essai privilégiaient la programmation. Mais les exigences du public ont évolué, ce besoin de confort existe, quelles que soient les œuvres qu’on vient voir. Le choix du film n’est pas le seul travail du programmateur, il y a également l’accompagnement, les rencontres régulières avec les cinéastes, la façon dont les spectateurs sont accueillis, les expériences qui leur sont proposées ».

 Un lieu pour les « pratiques du cinéma »

Proposant déjà deux salles avant cette rénovation et cette extension – la grande salle a été déplacée dans un nouveau bâtiment, laissant son ancienne place à la petite salle -, le cinéma de la Ferme du Buisson ne compte pas changer son identité. Classé Art et Essai et labellisé « Recherche & découverte », « Jeune public » et « Patrimoine & répertoire », l’établissement va conserver sa programmation « ouverte sur le monde » et les films européens. Le vrai changement est à chercher du côté des espaces proposés au public.

Lire la suite sur le site du CNC

Découvrir la ferme du Buisson

 

 

Deux – de Filippo Meneghetti

Les histoires d’amour au cinéma entre deux femmes ne sont pas courantes, et encore moins quand elles sont âgées. On se dit, enfin! Enfin, ce n’est pas une histoire entre deux adolescentes ou alors entre deux femmes qui s’ennuient, dans leurs histoires respectives, et qui trouvent un réconfort dans les bras l’une de l’autre.

Une histoire d’amour, Madeleine et Nina (magnifiquement interprétées par Martine Chevalier et Barbara Sukowa). Ces deux femmes amoureuses ont la soixantaine passée, on ne connaît pas précisément le leur âge. Elles vivent sur le même palier, mais cachent leur relation à leur entourage.

Ce film est beau, tendre et touchant. C’est une histoire d’amour qui s’accorde aux âges des de Madeleine et Nina. Lorsque Madeleine est atteinte d’un AVC, leur histoire est mise à mal, leur secret va devoir être révélé, comment vont-elles faire ?

Le film se déroule en partie dans l’appartement de Madeleine. Un appartement simple où elle reçoit sa fille, son fils et son petit-fils, un appartement normal. Mais c’est aussi le lieu où Madeleine et Nina s’aiment, dansent, éprouvent leurs sentiments, un lieu d’amour et de vie. Mais lorsque Madeleine est victime de son accident (Martine Chevalier nous saisit dans ce rôle presque mutique), cet appartement est le terrain d’incompréhension entre Nina et la fille de Madeleine, superbement interprétée par Léa Drucker. Théâtre de la convalescence de Madeleine et de l’amour d’une fille pour sa mère, l’appartement est aussi pour Nina l’espace où elle se doit d’être, même si rejetée par l’aide à domicile ou la fille de Madeleine.

Nina fera tout pour retrouver son amour (au sens physique et symbolique).

On observe simplement des scènes de vies: les relations d’une femme avec ses enfants, avec sa santé, avec son amante. C’est dans ces interactions qu’émerge progressivement la finesse de la mise en scène des relations familiales.

C’est une histoire d’amour simple, qui oscille au grès des accidents de la vie. On est emportés par cette relation forte et par l’énergie déployée par Nina.

C’est une histoire d’amour normal, entre deux femmes normales, dans un appartement normal.

Enfin, un film qui parle normalement de l’amour de deux femmes.

 

Lea Floc’h

« Le cas Richard Jewell » – Clint Eastwood

Quel rythme ce Clint! La mule, son dernier film est sorti il y a un an. Il nous avait emmené dans une sorte de road-movie où un vieux monsieur transportait de la drogue pour des trafiquants mexicains.
En 2020, Clint Eastwood nous replonge en 1996, à Atlanta, théâtre d’un attentat durant les jeux olympiques. Tiré de faits réels, nous connaissons la vérité de cette affaire. Mais ce film s’attache moins à l’issue de l’enquête qui a mené à arrêter Eric Rudolph, qu’à suivre la vie de Richard Jewell qui bascule.
Richard est un gardien de la sécurité du parc où a lieu un concert. Il découvre, sous un banc, un sac à dos. Se demandant ce que contient ce sac, il donne l’alerte une première fois, sans réaction de la police. Il revient à la charge, et les forces de l’ordre découvrent que le sac contient une bombe.
Richard Jewell est victime d’un emballement, victime de l’Etat et des médias. Il devient en quelques heures après l’attentat le suspect numéro un : on apprend qu’il est dans le viseur du FBI.
On veut un coupable, très bien, ce sera lui.
Richard Jewell a toujours rêvé d’intégrer la police et place l’ordre et l’autorité au-dessus de tout.
Mais il n’est pas policier, il est agent de sécurité et a déjà été arrêté pour avoir joué les représentants de l’ordre. On s’attache à Richard, ce blanc américain un peu gros, adorant sa mère
et passionné par l’ordre et les armes, mais des armes pour chasser, attention !
On suit sa vie avant, pendant, et après l’attentat. On suit sa relation avec sa maman et son avocat, attachant lui aussi _ et interprété par Sam Rockwell qui nous avait fait rire déjà en interprétant G.W
Bush dans Vice.
Dans ce film Clint Eastwood fait ce que les scénaristes américains savent faire : traiter un fait divers, peu glorieux pour leur patrie (on pense à Spotlight, à Vice, à 0 Dark Thirty). L’injustice que subit Richard Jewell est inquiétante et on n’ose pas imaginer l’ampleur que prendrait cette affaire en 2020 avec l’impact démultiplié des réseaux sociaux.
On retrouve les singularités d’écriture de Clint Eastwood : des sujets traités avec gravité, mais avec toujours avec une pointe de folie, de fantaisie, des décalages, qui nous plongent dans l’humanité des personnages (on pense notamment à la scène de la perquisition).
L’agent du FBI, la journaliste ou encore la secrétaire de l’avocat sont ces personnages secondaires sur lesquels le spectateur peut s’appuyer pour avoir une vision plus globale des événements, une forme d’objectivation des faits.
Ce changement de focale permanent rythme le récit et permet et lui donne une dimension encore plus réaliste.
Clint Eastwood, connu pour ses positions pro-américaines, s’est aventuré sur un terrain peu glorieux pour son pays, mais a su traiter avec finesse un sujet sensible avec un Richard Jewell qui nous agace parfois mais à qui on se sent attaché.