La Lettre Mai-Juin 2017

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Editorial : Le film sans la salle comme un poisson hors de l’eau ?

Le Festival de Cannes vient de s’achever, mais il n’est pas trop tard pour s’interroger sur le mini séisme qui l’a précédé lorsque l’on a appris que deux œuvres sélectionnées n’avaient peut-être pas droit de participer au Festival du film, puisqu’elles n’étaient pas destinées à sortir en salle. Et tout cela dans une actualité où une nouvelle fois la réforme de la chronologie des médias restait enlisée malgré une dernière tentative couronnée d’échec fin avril.

Du coup le débat sur la présence des films non destinés à une salle s’est focalisé sur le fait de savoir pourquoi on refuserait de considérer qu’un film peut être indifféremment vu en salle, sur une télé, sur un ordinateur, sur un téléphone portable, etc…

Un autre débat s’est instauré autour du fait que Netflix ne participait pas aux règles de financement prévues par la loi, il ne pouvait donc pas prétendre à entrer dans le circuit légal de production et de diffusion de films en France.

Mais curieusement, peu ou pas de questions ont été posées sur le rôle de la salle de cinéma et sur le caractère spécifique d’une projection dans ce cadre.

Pourtant c’est pour nous l’essentiel. De même qu’un tableau présenté dans un musée n’est pas comparable à une excellente reproduction publiée dans un livre d’art, de même qu’une symphonie orchestrée devant un public n’est pas une œuvre retransmise à la télévision, ou présentée sur un disque, de même qu’une manifestation sportive vécue n’est pas de nature identique à celle retransmise, il faut considérer qu’un film vu en salle est une expérience unique que ne saurait remplacer tout autre média. C’est toujours la position que nous avons défendue depuis la fondation de ce qui était alors « Villes et cinémas».

L’Amant double

Le dernier film de Ozon porte incontestablement la griffe du réalisateur-scénariste tant par les thèmes traités – la quête d’une vérité à travers un jeu de miroir déformant, entre réalité et fantasme – que par sa mise en scène inspirée, méticuleuse et inventive notamment dans la façon de filmer les face à face entre l’héroïne, Chloé, une jeune femme névrosée et son psychiatre. La jeune femme découvre l’existence d’un frère jumeau de Paul, également psychiatre et se perd dans un jeu amoureux avec les deux pôles d’un même « amant ». Dans sa quête pour savoir les raisons qui poussent ces deux frères à s’ignorer totalement, Chloé fait alors d’étranges découvertes. 
L’amant double multiplie les références de David Cronenberg dont il s’inspire pour le côté organique autant que Polanski pour l’aspect paranoïaque et son climat sulfureux. Toutes ces clins d’œil sont plutôt bienvenus, dommage qu’une fois passée la première heure, l’histoire devienne de plus en plus hermétique jusqu’à son final dont j’avoue ne pas avoir bien compris le sens.
Quasiment de tous les plans, Martina Vacht est captivante dans la peau de ce personnage un peu vide et dont fragilité et la beauté froide renvoient à celles d’Isabelle Adjani à sa grande époque. Jérémie Renier s’acquitte fort bien de son double rôle et on retrouvera avec plaisir Jacqueline Bisset.
Une œuvre audacieuse, parfois crue et dérangeante, mais qui finit par tourner un peu en rond et pécher par son érotisme sans sensualité et son manque de clarté savamment entretenu.

Michel Senna